Le 10 mars 2022, 26 organisations ont remis la pression sur le président Emmanuel Macron et le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie concernant la politique agricole européenne qu’elles jugent « productiviste ».

Parmi ces organisations figurent notamment la Fédération nationale d’agriculture biologique et le Syndicat national d’apiculture. On retrouve également les associations Agir pour l’Environnement, France Nature Environnement, Générations futures, Greenpeace France, Réseau Action Climat ou encore SOL-Alternatives agroécologiques et solidaires.

Dans un contexte où le conflit entre la Russie et l’Ukraine fait craindre des pénuries alimentaires, « les représentants d’un modèle agricole industriel, sous couvert de répondre à une demande alimentaire mondiale, cherchent à détricoter les rares avancées environnementales des politiques agricoles européennes pour pousser leur logique productiviste », selon ces organisations.

Une agriculture européenne « dépendante des importations »

La présidente de la FNSEA multiplie les appels à « cultiver toutes les terres disponibles » pour éviter une flambée supplémentaire des prix des denrées alimentaires. De son côté, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie estime que l’Europe doit produire plus pour « éviter une crise alimentaire mondiale » avec l’arrêt « probable » d’une partie des exportations de céréales russes et ukrainiennes.

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Pour les ONG et autres organisation signataires, « la situation actuelle illustre de manière frappante à quel point l’alimentation et l’agriculture européennes, et l’élevage industriel en particulier, sont dépendantes d’importations » pour les engrais et pesticides ou pour l’alimentation du bétail.

« Préserver » les avancées environnementales

« La guerre en Ukraine et ses conséquences nous forcent ainsi à réfléchir aux choix fondamentaux de l’agriculture européenne et de l’accès pour toutes et tous à une alimentation saine et respectueuse de l’environnement », plaident-elles, appelant à « une véritable transition agroécologique, la seule compatible avec l’autonomie de nos agriculteurs et agricultrices et donc avec notre souveraineté alimentaire ».

Selon eux, il s’agit de consommer moins de viande, de développer les légumineuses, les élevages extensifs et « des modes d’agriculture et d’élevage autonomes, peu dépendants des énergies fossiles et des intrants de synthèse ».

« Les rares avancées environnementales des politiques publiques européennes agricoles et alimentaires doivent être préservées et le plan de résilience prévu par le gouvernement doit être construit sur une vision de long terme », défendent-elles encore.

« Cette ritournelle est indécente »

De son côté, la Confédération paysanne n’est pas avare non plus de critiques. « Je suis scandalisé par cet opportunisme et des mensonges à l’œuvre », a déclaré Nicolas Girod, porte-parole du syndicat lors d’une conférence le 11 mars 2022 quelques heures avant son rendez-vous l’après-midi au ministère de l’Agriculture pour échanger sur le plan de résilience annoncé le 26 février par Emmanuel Macron.

« La ritournelle qui est en train de se passer sur le produire plus pour nourrir est indécente », juge l’éleveur du Jura. Derrière cette revendication se cache « la volonté de faire financer les défaillances d’un modèle qui est en faillite. Ici, comme la crise Covid avec le plan de relance, on va continuer à financer l’agriculture industrielle et les dépendances ».

Ces dernières sont strictement identifiées par le syndicat : « La dépendance aux engrais de synthèse, à l’alimentation animale importée, aux marchés financiers, au libre-échange et à l’exportation, à la captation d’aides publiques, aux multinationales semencières et aux banques ».

Contrôler le prix des céréales

La Confédération paysanne défendra une autre voie face au ministère de l’Agriculture ce 11 mars. Elle va demander en urgence « le contrôle du prix des céréales pour permettre l’approvisionnement de populations qui seraient en risque de pénurie alimentaire et pour les élevages locaux », l’accompagnement d’urgence des éleveurs « dépendants de l’alimentation animale importée assorti obligatoirement pour les unités de production hors-sol d’un plan de désendettement et de désintensification de la production animale industrielle ».

Concernant la Pac, la Conf’ plaide pour l’augmentation de la surprime des 52 premiers hectares en doublant son montant. « Un levier rapidement mobilisable », selon elle.

Le syndicat souhaite aussi que soit interdite « immédiatement » l’utilisation de « cultures alimentaires pour la méthanisation et la fabrication d’agrocarburants ». « Cela permet de libérer 3 à 5 % de la surface agricole française pour la production alimentaire, notamment de protéines végétales et de fruits et légumes », estime le syndicat.

Ce plan de résilience « doit être conditionné à un plan de transition vers des systèmes de production plus sobres, plus autonomes, économes et en lien avec le sol. Sinon, comme à chaque crise passée, nous continuerons à aggraver les dépendances de ce modèle agricole dominant dans l’impasse », conclut la Confédération paysanne.

Alexis Marcotte, Laurine Mongenier, avec l’AFP