Ils étaient environ deux cents agriculteurs bio et citoyens le 2 juin 2021 aux Invalides à Paris, pour protester contre les arbitrages du ministre de l’Agriculture pour la Pac 2023-2027, dévoilés le 21 mai 2021. Les raisons de leur colère : pas de ligne budgétaire pour une aide au maintien et des craintes sur le montant des écorégimes. Ils demandent donc au ministre de revoir sa copie, et espèrent faire bouger quelques lignes dans la future Pac.

Une hausse en trompe l’œil, dénonce la Fnab

Pour la prochaine Pac, le ministre a annoncé une hausse de 30 % des soutiens, de 250 à 340 millions d’euros dans le second pilier, pour accompagner les uniquement les conversions au bio, pour viser 18 % de la SAU française en bio d’ici à 2027 (contre 8,5 % en 2019).

Mais c’est une hausse en trompe l’œil, dénonce la Fnab : « Pour l’année 2020, prise comme année de référence par le gouvernement, de nombreuses Régions ne versaient plus l’aide au maintien car le budget alloué avait déjà été consommé les années précédentes. » Donc, pas de véritable hausse des soutiens au bio, conteste la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab).

La fin confirmée des aides au maintien

En priorisant les conversions, le ministre a donc entériné la disparition des aides au maintien dans le second pilier. Pour rappel, depuis 2018, faute de budget, l’État s’était déjà désengagé des aides au maintien — au grand dam des producteurs bio, priorisant les fonds vers la conversion. Libres aux Régions de financer ou non les aides au maintien.

Pour l’Île-de-France, qui profite d’un soutien régional pour le maintien, la réforme annoncée sera « très défavorable » avec « de lourdes conséquences financières pour la profession », alerte le Gab Île-de-France. L’association estime des pertes de 170 €/ha en grandes cultures et de 610 €/ha en cultures spécialisées dans son secteur.

Des revendications pour des écorégimes à 145 €/ha

Autre point de tension : la rémunération des futurs écorégimes dans la Pac de 2023. Pour la Fnab, être certifié bio doit permettre d’émarger à un écorégime mieux valorisé que la certification environnementale de niveau 3 (HVE). Elle propose un paiement de 145 €/ha, calculé sur la base d’un montant moyen des anciennes aides au maintien. Une rémunération largement supérieure aux chiffres qui circulent de 55 à 70 €/ha, d’après les premières simulations de la Fnab autour des scénarios du ministère. Mais le ministère se veut rassurant : les montants à l’hectare ne sont pas encore fixés, et seront discutés lors d’une deuxième phase de concertation avec les professionnels.

> À lire aussi : Réforme de la Pac : Pour la bio, la France mise tout sur les aides à la conversion (01/07/2021)

Sophie Bergot et Renaud d’Hardivilliers