Remises au ministre de l’Agriculture le 25 mars 2021, les neuf propositions du rapport de Serge Papin pour en finir avec la guerre des prix ont été saluées par plusieurs syndicats. Alors que la loi Egalim du 30 octobre 2018 n’a pas réussi à concrétiser totalement les espoirs placés en elle pour une meilleure répartition de la valeur entre producteurs, transformateurs et distributeurs, la mise en place des mesures proposées par l’ex-PDG de Système U est particulièrement attendue.

Une nouvelle loi espérée par tous

Dans une communication du 26 mars 2021, Julien Denormandie a admis que « nous devons aujourd’hui aller plus loin et activerons tous les leviers possibles pour y arriver ». Le passage par la loi en fait partie et c’est aussi la piste privilégiée par les syndicats. Le député de la majorité Grégory Besson-Moreau est d’ailleurs en train de préparer une proposition de loi sur le rééquilibrage des relations commerciales.

« La loi Egalim doit être renforcée au niveau législatif, et les mesures proposées par le rapport de Serge Papin vont dans le bon sens », ont estimé la FNSEA et Jeunes Agriculteurs dans un communiqué du 25 mars. Les deux syndicats insistent aussi sur « la nécessité d’aller vite » sur le sujet. Le rapport « a su mettre en lumière les limites » déjà pointées par les syndicats selon le communiqué.

La Confédération paysanne se retrouve également dans les préconisations de Serge Papin. Ces propositions « rejoignent des revendications » qu’elle avait portées lors des États-généraux de l’alimentation, a déclaré le syndicat dans un communiqué lui aussi daté du 25 mars.

« Les principes de marche en avant, de quote-part de la matière première agricole non négociable dans le contrat commercial de l’aval et de pluri-annualité contractuelle, s’ils sont traduits en actes législatifs et réglementaires, seraient des avancées certaines pour sécuriser la rémunération du travail paysan », résume la Confédération paysanne.

Le Modef veut un « Grenelle des prix agricoles »

Le Modef s’est, quant à lui, déclaré « partagé sur la contractualisation notamment sur la question des prix ». « Le contrat maîtrise certains volumes en assurant un débouché mais il ne garantit pas les prix “cour de ferme” », estime le syndicat. Malgré tout, les neuf recommandations de l’ex-patron de Système U vont « dans le bon sens », selon le Modef, qui réclame lui aussi des mesures législatives.

Il demande notamment « des prix planchers rémunérateurs garantis par l’État pour les produits agricoles en fonction de l’évolution des coûts de production » ainsi qu’un « Grenelle des prix agricoles ». « Cette conférence permettra au Modef, qui ne siège pas dans les interprofessions mais est néanmoins représentatif d’une partie de la profession agricole, de participer à cette négociation annuelle », estime le syndicat.

Les coopératives inquiètes

Du côté de La Coopération Agricole, Dominique Chargé, interrogé par La France Agricole, partage les constats dressés par Serge Papin sur les écueils de la loi Egalim, mais il s’inquiète de l’impact des mesures proposées pour les coopératives agricoles.

« Nous ne sommes pas contre la sanctuarisation du prix de la matière première agricole mais elle doit se faire avec suffisamment de transparence et non au détriment de la transformation et des coopératives. Le maillon agroalimentaire ne doit pas être la victime », estime-t-il.

« La bataille du prix doit être la priorité numéro un »

Dans un communiqué commun avec l’Ania (l’Association nationale des industries alimentaires), la Feef (Fédération des entreprises et entrepreneurs de France et l’Ilec (Institut de liaisons des entreprises de consommation), La Coopération Agricole demande à aller plus loin que le rapport de Serge Papin, celui du député Thierry Benoît ou l’initiative législative du député Grégory Besson-Moreau.

« Face à une destruction de valeur et une déflation sur les prix aux effets toujours plus délétères pour la filière, seule une véritable liberté tarifaire permettra de sauver l’esprit d’Egalim. La bataille du prix juste doit être la priorité numéro un », expliquent les quatre organisations.

Dominique Chargé précise que « la seule solution pour en sortir c’est de faire en sorte que la loi de modernisation de l’économie (du 4 août 2008, NDLR) reconnaisse la non-négociabilité du tarif affiché par le fournisseur ». Ce dernier doit être « une base de négociation et accepté par le distributeur ».

« Sans renforcement du tarif, qui reflète le coût de la matière première agricole mais aussi les coûts de production, les investissements nécessaires aux transitions alimentaires et environnementales, il n’y aura pas de création de valeur », concluent La Coopération Agricole, l’Ania, la Feef et l’Ilec.

Alexis Marcotte