« La Banque européenne d’investissement (BEI) met davantage l’accent sur l’agriculture depuis assez récemment. Ma conviction c’est qu’il n’y a pas d’Europe forte sans agriculture forte. Les agriculteurs ont été un formidable vecteur d’appréciation de ce que fait l’Europe en France », a déclaré Ambroise Fayolle, vice-président de la Banque européenne d’investissement (BEI), interrogé par La France Agricole sur l’implication de la BEI auprès du secteur agricole, le 9 mai 2019.

Une institution publique

La BEI est la banque de l’Union européenne, c’est une institution publique. Elle finance des projets d’intérêt européens, selon les priorités formulées par les États membres : la modernisation des infrastructures comme la construction de réseau de tramway, la lutte contre le changement climatique comme l’efficacité énergétique, l’accompagnement des PME et l’innovation dans les grandes entreprises européennes.

« Le financement de l’agriculture est un élément essentiel de ce que l’Europe peut apporter, pas seulement aux agriculteurs, mais aussi à la compétitivité française. Selon une étude réalisée auprès de 7 600 agriculteurs européens, en 2017, seuls 16,7 % des agriculteurs de l’Union européenne ont fait une demande de crédits contre 26 % pour les PME. Un sur dix ne le fait pas par peur d’être rejeté par sa banque », ajoute Ambroise Fayolle.

La BEI a récemment annoncé le déblocage d’un programme de prêts, à l’échelle de toute l’Europe, de près de deux milliards d’euros pour l’agriculture et la bioéconomie, avec un « soutien particulier pour les jeunes agriculteurs ».

Des taux abaissés

« Dans l’agriculture, le financement est plus risqué, cela coûte plus cher de mobiliser du capital. Dans ce programme de financement, la BEI partage le risque avec la banque et cela lui permet de faire davantage de prêts », explique Ambroise Fayolle. La BEI ne finance pas directement les agriculteurs mais accompagne les banques qui s’engagent à faire bénéficier leurs clients agriculteurs de conditions attractives. Selon la BEI, les taux d’intérêt peuvent être abaissés de 25 points de base en moyenne pour les agriculteurs, ce qui correspond, aux conditions de marché actuelles, à une mensualité en moins à payer par an.

Un mode de financement innovant

Lors du Salon international de l’agriculture, Emmanuel Macron a aussi annoncé la mise en place d’un fonds de garantie en partenariat avec la BEI dans le cadre du grand plan d’investissement (GPI). Ce fonds, appelé initiative nationale pour l’agriculture française (Inaf) permettra aux banques, qui auront répondu à l’appel d’offres, de prêter entre 800 millions et 1 milliard d’euros à des jeunes agriculteurs (ayant moins de 7 ans d’activité).

« C’est un mode de financement innovant qui combine des fonds de l’État français et de l’Europe ainsi qu’une très grande garantie de la BEI. Les banques pourront faire plus de prêts et dans de meilleures conditions aux agriculteurs nouvellement installés », souligne Ambroise Fayolle. Des prêts avec des conditions « avantageuses » (taux, garanties demandées, frais…) que les banques agricoles devraient pouvoir distribuer à partir de la fin de l’année 2019.

Marie Salset