« Je défends l’agriculture biologique depuis 25 ans. » L’avocate Corinne Lepage, réputée pour ses combats en faveur du bio, représente Odile Jacob, éditrice notamment du livre « Sauvons l’agriculture ». L’ancienne ministre de l’Environnement défend cette habitante d’Adainville, dans les Yvelines, qui s’oppose fermement au projet d’installation de Fabien Le Coïdic. L’éleveur de vaches bretonnes pie noir certifiées bio a obtenu 43 hectares de la Safer (1) en décembre 2019. Près d’un an plus tard, il fait face à deux recours devant le tribunal administratif formés par cinq de ses voisins contre son projet.

« C’est une honte, un acharnement, c’est minable, c’est petit ! »

Jean-Marc Raimondo, le maire d’Adainville, manque de mots pour exprimer son ressenti. Alors qu’il n’était pas encore élu maire de cette commune de près de 1 000 habitants, il portait ce projet d’élevage bio, convaincu que ce mode de production n’apporterait que du bon pour les riverains. Aujourd’hui, il se dit « fou de rage, épuisé nerveusement » et dénonce cette « injustice totale. » Furieux, il s’exprime une nouvelle fois à La France Agricole : « C’est une honte, un acharnement, c’est minable, c’est petit ! » Car si tout a débuté comme des problèmes de voisinage, « il en va désormais de la survie d’un couple ».

Fabien Le Coïdic et sa compagne doivent s’installer à Adainville en mars 2021 avec leurs vaches et leurs chevaux. Leur but : poursuivre leur élevage bio dans cette nouvelle commune et construire un haras. Mais ce projet de vie se confronte à la ferme opposition d’une poignée de voisins. À ce jour, les travaux ont débuté en suivant le permis de construire qui stipule que toute installation doit se tenir à 500 mètres de la première habitation. En l’espèce, celle de Madame Jacob.

Fabien Le Coïdic et sa compagne souhaitent installer leur élevage bio de vaches bretonnes pie noir et construire un haras. © Frédéric Brunnquell

La FDSEA et JA en soutien

Ce jeudi 22 octobre 2020, la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs (JA) de l’Île-de-France publient un communiqué de presse dans lequel ils s’adressent directement à Corinne Lepage : « Qu’est-ce qui dérange : l’installation d’un agriculteur à la campagne ? La production locale ? Un élevage bio ? La préservation d’une race menacée ? »

Contacté par La France Agricole, Damien Greffin, le président de la FDSEA Île-de-France, ne mâche pas ses mots. Selon lui, « on nage en plein délire. On trouve assez « fort de café » qu’Odile Jacob aille trouver Corinne Lepage, qui a toujours pris la défense de l’agriculture biologique, pour la représenter contre un agriculteur bio. »

Plus encore, « on ne peut pas écrire un livre “Sauvons l’agriculture” et vouloir ensuite faire interdire toute activité agricole à 500 mètres de chez soi ! », ajoute-t-il au sujet de la requérante Odile Jacob.

Corinne Lepage persiste et signe

L’ancienne ministre de l’Environnement contactée à la fin d’août 2020 sur le sujet, expliquait que sa cliente ne s’opposait pas à l’élevage bio, mais à la construction d’un haras qui venait troubler la quiétude du village. Un argument que ballait d’un revers de main Damien Greffin : « C’est un subterfuge que de parler du haras, c’est facile de s’en sortir comme ça, le seul vrai mobile de cette requête est qu’il n’y ait pas d’activité agricole. C’est profondément égoïste et grotesque. En réalité, ce sont les intérêts de quelques aristocrates parisiens qui sont installés là, c’est la problématique des riches contre la problématique agricole. Ça participe à l’agribashing ! »

Interrogée, Corinne Lepage n’a pas souhaité réagir à la suite de ces propos. C’est à travers un tweet posté le vendredi 23 octobre dernier à la suite du communiqué de presse qu’elle s’exprime, en affirmant une nouvelle fois l’opposition de sa cliente à l’installation d’un haras et non à l’élevage biologique.

Et le président de la FDSEA Île-de-France d’insister : « On ne peut pas, en France, parce qu’on est un peu dérangé dans sa tranquillité, attaquer un agriculteur en justice. C’est un scandale ! » Une colère partagée par le maire d’Adainville Jean-Marc Raimondo : « Je vais mouiller ma chemise, je vais prendre le sujet à bras-le-corps ! » Les Adainvillois eux-mêmes ont décidé de réagir en créant un comité de soutien à Fabrice Le Coïdic et sa conjointe.

> À lire aussi : Troubles de voisinage, une clause pour lutter contre les recours abusifs (27/10/2020)

Oriane Dieulot

(1) Société d’aménagement foncier et d’établissement rural.

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Recul de l’offre en réformes laitières

Les besoins des laiteries sont importants au regard du repli de la production laitière. Les éleveurs sont incités à produire plus et par conséquent à retarder la mise à la réforme de leurs vaches laitières.