Alors qu’une quatrième sécheresse consécutive se profile dans la Nièvre, Bertrand Léger s’inquiète de ne pas pouvoir couvrir les besoins de son troupeau charolais (deux cents vêlages avec engraissement des femelles et des broutards alourdis). « Nous démarrons l’année sans report de fourrage et sans pousse d’herbe, et avec une trésorerie dégradée, explique le polyculteur-éleveur installé avec un salarié sur 354 hectares (60 ha en céréales à paille, 20 ha de maïs, le reste en herbe). C’est à nouveau très inquiétant. »

Retarder la fauche des ray-grass

À Lucenay-lès-Aix, si les pâtures tiennent encore, les prairies de fauche, indispensables pour constituer les stocks hivernaux, ont souffert du froid, de la bise et de l’absence de pluie. Les ray-grass ont gelé. Fin avril, la hauteur d’herbe plafonnait à la cheville alors que les stades étaient avancés.

Les ray-grass ne seront toutefois pas récoltés avant la deuxième moitié de mai pour privilégier le volume, même si la qualité est un peu plus modeste. « Mes vaches vêlent en fin d’hiver, un fourrage trop riche à l’entrée en bâtiment n’est pas adapté à leur stade physiologique », explique l’éleveur.

Ces trois dernières années, pour pallier le manque de fourrages, en plus des méteils et de ses 56 ha de prairies temporaires, Bertrand a loué entre 8 à 15 ha de prés à des voisins en cessation.

Acheter des fourrages ou réduire le cheptel ?

Cette année, il s’interroge : faut-il une fois encore acheter de l’herbe ou des fourrages ? Ou vaut-il mieux réduire la taille du cheptel de vingt à trente vaches, au risque de pénaliser durablement l’EBE (excédent brut d’exploitation) et le revenu, alors même que se profile une nouvelle baisse des aides Pac ? Ce printemps, pour la première fois, dix charolaises ont été vendues au lieu d’être engraissées.

La sécheresse pourrait également remettre en cause le passage à l’herbe des génisses de 6 à 18 mois, habituellement triées avant d’être gardées pour le renouvellement ou vendues. Faudra-t-il réduire encore la durée des prairies temporaires (mélange d’espèces) et s’orienter vers des RGI annuels ? Ce serait une solution d’urgence que l’éleveur appliquerait à contrecœur, car coûteuse et éloignée d’un système qui reposait sur la faiblesse des charges d’alimentation.

« On prendra la moins mauvaise solution, pas la meilleure », avance Bertrand, qui a de plus en plus le sentiment d’être pris entre le marteau et l’enclume.

Anne Brehier