« La profession va mal de ne pas être reconnue pour ce qu’elle apporte au pays, […] d’être remise en cause en toute occasion, dépeint sans ambages Marcel Denieul, président du Space, lors de l’ouverture du salon le 14 septembre à Rennes (Ille-et-Vilaine). Dans ce contexte délétère pointe une conjoncture compliquée, avec une hausse spectaculaire du prix de l’alimentation animale. » Le message est adressé à Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture, venu inaugurer cette trente-cinquième édition du Salon international de l’élevage.

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Inquiétudes sur le lait bio

Dans les allées du Space, le ministre a loué le travail des éleveurs. « Notre compétitivité repose sur la qualité », a-t-il répété. Mais cela ne suffit pas à les rassurer. « On doit rémunérer notre production à sa juste valeur », interpelle une productrice de lait bio. « Nous sommes dans une situation d’urgence, il faut remettre sur le haut de la pile le sujet de la régulation de la production », enchérit Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne.

« On a été un peu trop vite sur les conversions [en agriculture biologique, NDLR] », concède de son côté Damien Lacombe, président de la Coopération laitière. Julien Denormandie y voit aussi une responsabilité des consommateurs. « Il y a une cohabitation des contraires entre citoyen et consommateur », lance-t-il

« Les jeunes sont démoralisés »

Les producteurs de volailles ont également fait part de leurs difficultés à mener à bien leurs projets, face aux recours de riverains. « Les jeunes sont démoralisés. Dans mon département, quatre projets sont arrêtés », témoigne Kévin Thomazo, président de Jeunes Agriculteurs du Morbihan.

« Et comment fait-on pour prolonger la vie des ateliers existants ? » s’interroge Thierry Coué, président de la FRSEA de la Bretagne, qui estime que « certaines décisions de justice vont bien au-delà de la réglementation. »

« Encadrer la méthanisation »

Alors que les filières d’élevage sont en proie à une flambée du coût de l’alimentation, Julien Denormandie a évoqué l’importance de « soutenir, mais aussi d’encadrer la méthanisation. D’une part, pour se prémunir des incidents et, d’autre part, pour limiter la compétition entre les productions vis-à-vis des surfaces. »

Pour le ministre, il s’agit notamment « d’éviter les conflits d’usage avec l’alimentation animale. Il ne faudrait pas qu’un éleveur ne puisse plus se fournir en fourrages chez un de ses collègues agriculteurs, parce que ce dernier aurait tout utilisé pour son méthaniseur. Il faut trouver le bon équilibre ».

Vincent Guyot