Le bien-être animal était le fil rouge choisi par Julien Denormandie pour son discours ce 14 septembre 2021 lors de sa visite au Space à Rennes. Avec à l’appui deux exemples : la castration à vif des porcelets et le broyage des poussins mâles.

Le métier d’éleveur « remis en cause »

Le ministre de l’Agriculture répondait ainsi à Marcel Denieul, le président du salon qui, quelques minutes plus tôt, avait affirmé que les éleveurs en avaient marre de voir leur profession « remise en cause à toute occasion que ce soit en termes de climat, de biodiversité, de bien-être des animaux. »

Marcel Denieul, le 14 septembre 2021 lors de son discours au Space à Rennes. © E. Roussel/GFA

« Monsieur le ministre, il faut l’avouer : il faut être motivé pour être éleveur, ajoute-t-il. Et finalement, j’ai envie de dire qu’il est bien plus simple de cultiver 200 ha de cultures que d’élever 50 vaches. Et je ne compte pas le travail. »

« Remettre l’église au milieu du village »

Julien Denormandie a saisi la balle au bond. « Il faut remettre l’église au milieu du village, a répondu le ministre. Ce n’est pas au compte de résultats de l’éleveur de payer cette transition, mais à l’ensemble de la société » qui la demande.

Julien Denormandie le 14 septembre 2021 lors de son discours au Space à Rennes © E. Roussel

Premier exemple choisi par le ministre, la castration à vif des porcelets. Son arrêt est maintenant acté. « La question est de s’assurer que les [alternatives disponibles] qui sont de facto plus coûteuses ne reposent pas les comptes de résultats des éleveurs », a insisté Julien Denormandie.

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Au consommateur d’assumer

« À partir du moment où c’est une demande de la société, il est logique que ce ne soit pas sur les comptes de l’éleveur déjà si maigres [que cela soit payé], mais par l’industriel puis par la grande distribution et enfin le consommateur, a insisté le ministre. Nous avons de grandes réunions, à ce sujet, parfois un peu musclées. Mais sur ce sujet-là je ne lâcherai rien. »

Le raisonnement du ministre est identique pour la fin du broyage des poussins mâles. Cela représente un surcoût de 4 à 5 euros par poule pondeuse et 1 centime par œuf, selon le ministre. Comment régler cette facture de 60 millions d’euros par an et ne pas la faire reposer sur les éleveurs ?

« Il faut que chacun assume ses responsabilités, répond Julien Denormandie. Et que l’on puisse faire en sorte de financer cette transformation pour que demain ces œufs restent des œufs issus de nos élevages, de qualité, plutôt que cela nous conduise à décapitaliser nos cheptels comme vous l’avez connu avec la volaille de chair et un transfert massif vers l’Europe de l’Est. »

« Il faut que tout le monde joue le jeu et s’engage, insiste Julien Denormandie. Qu’on assume collectivement. » Le ministre est aussi convaincu que cette transition ne peut se traiter qu’au niveau européen pour éviter des distorsions de concurrence.

Rendez-vous en janvier lorsque la France prendra la présidence de l’Union européenne pour faire valoir ce point de vue, y compris dans les accords commerciaux avec les pays tiers.

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Éric Roussel