« Une viande issue de parcs d’engraissement américains affiche un meilleur score environnemental qu’une viande issue de bovins pâturant en France sur de grandes surfaces de prairie qui stockent du carbone et protègent la biodiversité ! », tempête l’interprofession du bétail et des viandes (Interbev) ce jeudi 17 décembre 2020, en référence à la méthodologie de l’analyse du cycle de vie (1).

Un « biais majeur » dans l’analyse

Lors d’un débat devant les 150 membres de la convention citoyenne pour le climat lundi 14 décembre 2020, le président de la République a annoncé sa volonté de voir naître un « score carbone ». Dans le même temps, l’Administration a publié « une base de données, Agribalyse, […] fondée sur la méthode de l’analyse du cycle de vie (ACV) », informe Interbev.

La filière de l’élevage et de la viande y dénonce « un biais majeur lorsqu’il s’agit d’analyser l’empreinte environnementale des produits issus de l’élevage » et demande de ce fait la suspension de la base de données Agribalyse.

Nécessité d’intégrer d’autres indicateurs

La méthode ACV, qui consiste à quantifier les impacts environnementaux d’un produit tout au long de son cycle de vie, favorise de ce fait les cycles de production « les plus courts, donc les plus industriels », estime Interbev.

Alors que plusieurs opérateurs économiques s’engagent aujourd’hui dans l’expérimentation de l’affichage environnemental (2) « en dépit d’un consensus fort sur les limites de cette méthode », la filière de l’élevage et de la viande plaide pour l’allongement de l’expérimentation et le refus de tout projet uniquement basé sur l’analyse du cycle de vie.

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La juste rémunération des acteurs à inclure aussi

Des travaux de recherche, portés sur l’amélioration de l’évaluation environnementale, sont en cours sur la quantification de la biodiversité et du stockage du carbone. « Il est absolument nécessaire d’en attendre les résultats avant de diffuser des données environnementales incomplètes qui conduiraient à une information biaisée des consommateurs », appuie Interbev, qui évoque notamment le projet Oeko-Beef mené en partenariat avec l’Ademe.

Par ailleurs, l’interprofession demande la prise en considération d’indicateurs « sociaux » dans l’évaluation des produits alimentaires. « La capacité à préserver un modèle d’élevage herbivore français vertueux ainsi qu’à le faire progresser, ne tient qu’à la condition d’une juste rémunération de l’ensemble des acteurs de la filière », rappelle Interbev.

Retirer les données inexactes

La Confédération paysanne et 16 autres organisations (3) font le même constat. Eles estiment que la méthode de calcul de l’Ecoscore « ne prend pas correctement en compte les atteintes à la biodiversité et l’impact des pesticides » et « risque de promouvoir l’agriculture intensive ». Alain Bazot, Président de l’UFC-Que Choisir considère que « tout cela est très préjudiciable à l’information des consommateurs ».

« Mieux informer les consommateurs sur l’impact environnemental des produits est une excellente initiative. Encore faut-il que la méthode utilisée intègre tous les critères de durabilité ! », clame le collectif.

Les 17 organisations réclament auprès de Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique et de Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture, le retrait des données inexactes d’Agribalyse et l’intégration dans le futur Ecoscore dans les bonnes proportions des indicateurs complémentaires permettant de rendre véritablement compte de la durabilité des pratiques agricoles.

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Lucie Pouchard et Marie Salset

(1) : La méthode de l’analyse du cycle de vie est une méthode reconnue et utilisée à l’échelle internationale par la communauté scientifique, les acteurs privés et les pouvoirs politiques. Encadrée par la norme ISO 14044, elle est recommandée en particulier car c’est la seule méthodologie d’évaluation environnementale normée, multicritère, multi-étapes, applicable à l’ensemble des secteurs économiques.

(2) Lancée par le ministère de la Transition écologique, l’expérimentation de l’affichage environnemental vise à informer les consommateurs sur les impacts environnementaux des produits ou services qu’ils consomment. C’est une note A, B, C, D ou E affichée sur les produits ou services, en rayonnage ou sur internet, calculée sur l’ensemble du cycle de vie du produit ou du service, suivant un référentiel validé.

(3) Fédération nationale de l’agriculture biologique, Natexbio, ForéBio, BioConsomacteurs, Agir pour l’environnement, Terre et Humanisme, Réseau environnement santé, Générations futures, Atac, Ingénieur sans frontières, Greenpeace, Justice pesticides, UFC Que choisir, France nature environnement, Synabio, CIWF France.