Après avoir déposé des plaintes contre Lactalis pour extorsion des producteurs laitiers en 2015, saisi le médiateur des relations commerciales en 2017, puis manifesté en février 2018 devant le tribunal de Laval pour exiger la publication des comptes de Lactalis, la Confédération paysanne s’apprête à franchir une nouvelle étape dans la lutte qui l’oppose au géant laitier.

Briser l’omerta

« Personne n’ose toucher à Lactalis. Les paysans qui ont osé dénoncer les pratiques de l’industriel ont perdu leur contrat. Et lors des EGA, les pouvoirs politiques ont reculé devant le pouvoir économique. Nous, on prend notre responsabilité de syndicat, car il est impossible de parler répartition de la valeur sans s’attaquer à ces empires et leurs montages », explique Nicolas Girod, secrétaire national en charge de l’élevage. Car c’est bien aux montages financiers de l’industriel que s’est intéressé le syndicat, en s’adjoignant l’aide d’un expert des montages fiscaux. « Nous allons transmettre tout le travail que nous avons réalisé au parquet financier pour qu’il prenne la suite en engageant une enquête plus approfondie », indique la Confédération paysanne.

Publier des comptes complets

Si la revendication de départ consistait à obtenir la publication des comptes de BSA, maison mère de Lactalis siégeant à Paris, le syndicat espère aller plus loin en levant le voile sur la nébuleuse de filiales et de flux financiers au sein du groupe agro-industriel.

Evoquant une « remontée de capitaux propres de plus d’un milliard d’euros entre 2015 et 2016, en pleine crise laitière, via une filiale luxembourgeoise (Nethuns) », et une somme de « 900 millions d’euros envoyés vers un bénéficiaire non identifié » à cette même période, la Confédération paysanne dénonce plus que jamais l’« extorsion de Lactalis du travail des éleveurs laitiers ». Et pour donner un ordre de grandeur, « les profits remontés pendant la crise laitière sont équivalents à une année entière de paiement du lait à 40 centimes le litre de l’ensemble des producteurs Lactalis France », illustre le syndicat… Qui ajoute que ces deux milliards d’euros, « déguisés en remboursement de dettes fictives », ont « échappé aux fiscs français et belge ».

Argent public

La Confédération paysanne n’est pas au bout de ses accusations. « En plus de siphonner la valeur créée par les producteurs, Lactalis siphonne aussi de l’argent public : 20,9 millions d’euros de CICE en 2015 et plus de 21 millions d’euros reçus via la Pac en 2016 », précise Nicolas Girod.

Persuadé de sa légitimité à saisir le parquet financier, le syndicat « espère » désormais que ce dernier va se saisir de l’affaire et faire toute la lumière dessus. En attendant, il semblerait que l’argent ruisselle, mais pas sur les producteurs.

Bérengère Lafeuille