Vendredi 22 janvier 2021, la France recensait 377 foyers d’influenza aviaire dans ses élevages, principalement (302) dans les Landes. Selon la préfecture de ce département, 1,7 million d’animaux, essentiellement des canards, ont déjà été abattus pour tenter de maîtriser l’infection.

> À lire aussi : En Nouvelle-Aquitaine, l’expansion de la grippe aviaire semble « contrôlée » (21/01/2021)

Changer de modèle

Selon l’interprofession du foie gras, le Cifog, il est « trop tôt » pour évaluer les pertes et savoir quand des canetons pourront être réintroduits dans les secteurs infectés. La Confédération paysanne et le Modef n’ont pas attendu pour dénoncer « l’incapacité d’affronter les raisons structurelles de ce désastre ».

Ces deux syndicats appellent à changer de modèle, tourner le dos à « l’industrialisation de la filière et à la course aux volumes ». Des griefs déjà exprimés à l’issue des épisodes d’influenza aviaire des hivers 2015-2016 et 2016-2017, qui avaient entraîné l’abattage de millions de canards et des arrêts prolongés de production.

Sans partager leur diagnostic, la directrice du Cifog, Marie-Pierre Pé, les rejoint sur une solution : rendre moins intensive la production l’hiver. C’est aussi le sens des préconisations de l’Anses.

> À lire aussi : Il faut diminuer les densités d’élevages de canards, selon l’Anses (21/01/2021)

Diminuer les densités

Pour le directeur de la santé animale à l’agence sanitaire, Gilles Salvat, « il faut diminuer les densités » de canards dans les Landes, premier département producteur de foie gras, mais aussi renoncer à l’élevage en plein air quand les oiseaux migrateurs malades menacent de diffuser le virus dans les zones d’élevage, au moins « entre le 15 novembre et la fin de décembre, le début de janvier ».

La directrice du Cifog plaide pour « mieux étaler » la production, au lieu de « se mettre en pression » en novembre-décembre pour proposer du foie cru à cuisiner pour Noël. « Il y a du travail à tous les niveaux » : donner envie de consommer autrement du foie gras, comme les mi-cuits qui se conservent jusqu’à un an ou les surgelés « d’excellente qualité ». En parallèle, « les entreprises doivent adapter la répartition de la production sur l’année et les producteurs doivent avoir les moyens de mettre les animaux à l’abri ».

> À lire aussi : Un nouveau séisme pour les élevages français de volailles (21/01/2021)

Confinement pour les canards

Le maintien de canards en extérieur, malgré la consigne nationale de les confiner pour se prémunir de l’infection, a favorisé l’introduction du virus dans les élevages au début de l’épizootie, selon les experts. Une dérogation permet aux exploitations de moins de 3 200 palmipèdes de les laisser dehors.

« Si beaucoup de producteurs avaient activé cette dérogation, c’est parce qu’il fallait qu’ils produisent du cru » pour les fêtes, estime Marie-Pierre Pé. « Individuellement tout le monde est dans son bon droit. Collectivement, tout le monde a tort », dit-elle, admettant qu’il faut tirer les bonnes leçons pour repartir.

> À lire aussi : « Les mesures de biosécurité doivent être respectées par tous » (07/01/2021)

« On va probablement revenir sur la disposition permettant de laisser des canards dehors à la fin de la crise », a prévenu Philippe de Guénin, directeur des services de l’alimentation et de l’agriculture (Draaf) en Nouvelle-Aquitaine.

Le désarroi des petits producteurs

« Les petits producteurs ne savent pas faire autre chose que du canard en liberté », rétorque le vice-président du Modef des Landes Christophe Mesplède, qui juge « déplorables les conditions d’élevage en bâtiment, avec des éleveurs réduits à rationner l’eau des canards pour éviter de souiller trop la paille ».

Pour lui, la « marche forcée » vers la claustration convient au Cifog et aux industriels, dans l’optique de décourager des éleveurs de poursuivre leur activité. « Tout le monde s’accorde à dire qu’il y a un marché pour 26 millions de canards et on en produit 28 », pointe-t-il.

D’après l’AFP