« Le caractère opaque et depuis longtemps irrégulier, voire illégal, de l’interprofession porcine Inaporc, organe de gestion des ATM (animaux trouvés morts), a conduit la Cooperl à quitter le système collectif de l’équarrissage à compter du 1er janvier 2022 », assume sans détour le groupe coopératif breton, dans une lettre ouverte adressée à Julien Denormandie le 28 juin 2021.

Ce courrier fait suite à la décision d’Inaporc, cinq jours plus tôt, de rendre obligatoires les cotisations ATM « à compter du 1er janvier 2022 », ont indiqué les Comités régionaux porcins de Bretagne et des Pays de la Loire, le 23 juin 2021. Selon les deux organisations de l’amont, ces cotisations s’appliqueront aux distributeurs — qui assurent « 80 % du financement total » — et aux éleveurs. Donc aussi à la Cooperl, via son groupement de producteurs.

Vers une gestion « directe »

Mais la coopérative lamballaise ne l’entend pas de cette oreille. « Monsieur le Ministre, notre demande est finalement très simple : n’étendez pas la “contribution volontaire” qui finance le système d’équarrissage actuel en une “cotisation volontaire obligatoire”, ainsi que vous le demande Inaporc. Demandez-lui au contraire de se réformer en profondeur et de faire la transparence sur ses comptes », tance-t-elle.

La Cooperl envisage de gérer « directement, avec les prestataires habituels, son système d’équarrissage aussi bien pour ses adhérents que pour ses outils industriels ». Elle assure quitter l’association ATM « avec ses contributions mais aussi ses charges propres ». Et, ce faisant, ne la détruire « en aucune façon ». La coopérative souligne que ses volumes ne représentent « que 5 millions d’euros », sur un budget ATM de 120 millions d’euros à l’échelle française, toutes filières confondues.

« Décarboner » la production porcine

Autre argument de la Cooperl pour défendre son émancipation : restituer aux producteurs la valorisation des animaux retrouvés morts en ferme, transformés sous forme de protéines ou de graisse animale. « Il serait inéquitable et totalement inacceptable que l’économie carbone liée aux coproduits porcins ne bénéficie pas aux éleveurs français et soit captée par des acteurs qui ne prennent pas le risque de l’élevage », argumente le groupe coopératif.

Pour la coopérative, « cette valorisation va revêtir un caractère crucial dans les années à venir, la filière porcine devant au plus vite décarboner sa production ». Elle met en avant sa capacité à « valoriser ses effluents et ceux de ses éleveurs en engrais organiques, en biogaz et en biocarburants ».

Vincent Guyot