Dans un abattoir des Côtes-d’Armor, où six cas avaient été signalés le 15 mai 2020, « les résultats des tests font apparaître ce jour 63 cas positifs supplémentaires au coronavirus Covid-19, portant le total des cas confirmés à 69. Ces personnes sont isolées à leur domicile et leur suivi sera assuré par l’ARS Bretagne », a indiqué l’Agence régionale de santé dans un communiqué diffusé dimanche soir.

Quatorzaine pour les salariés touchés

L’ARS et l’assurance maladie doivent identifier « l’ensemble de leurs cas contacts à risque afin d’appliquer le dispositif de quatorzaine pour ces personnes, ainsi que la prescription d’un test et de masques sanitaires », indique le communiqué. L’ARS Bretagne et la préfecture des Côtes-d’Armor ont organisé une campagne de dépistage sur le site vendredi auprès de 209 membres du personnel, qui a abouti à la détection de 63 nouveaux cas.

Dans le Loiret, ce sont quelque 400 salariés d’un abattoir de Fleury-lès-Aubrais, qui subiront un dépistage d’ici à mardi. Ce dépistage, qualifié « d’assez considérable », organisé jusqu’à mardi grâce aux unités mobiles du CHR d’Orléans, « va permettre de faire un état des lieux exhaustif et précis de la présence et de la circulation du virus au sein de l’entreprise », selon Laurent Habert, le directeur général de l’ARS Centre-Val de Loire.

Tests de dépistage en série

Un « cluster » de 34 cas de Covid-19 avait été confirmé dans cet abattoir à la fin de la semaine dernière, sans cas grave. « Compte tenu de l’importance de la circulation du virus » dans l’établissement, l’ARS du Centre-Val de Loire a décidé de « procéder au dépistage de l’ensemble des salariés de l’entreprise au-delà de la seule unité de découpe qui était l’objet des investigations premières », a ajouté Laurent Habert, lors d’une conférence de presse.

Dimanche matin, une quarantaine d’employés ont déjà été testés et les résultats devraient être connus dans la soirée ou lundi matin, d’après la même source. Pierre Pouessel, préfet du Loiret et de la Région Centre-Val de Loire, a estimé qu’il s’agissait d’un « important cas groupé Covid ». Le préfet a décidé de fermer l’entreprise jusqu’au lundi 25 mai 2020.

Fermeture dans le Loiret

« Selon la DRH de l’entreprise, il y avait bien les masques, les gels, les prises de température à l’entrée de l’abattoir et il semble que le protocole ait été respecté », a dit Pierre Pouessel.

De son côté, la maire de Fleury-les-Aubrais, Marie-Agnès Linguet, a annoncé sur le site de la mairie la fermeture, à partir de lundi et pour toute la semaine, des écoles, accueils de loisirs et crèches.

Interrogé sur la difficulté d’appliquer les gestes barrières dans les abattoirs, Laurent Habert a estimé que les 34 cas confirmés dans un lieu où travaillent 160 personnes, montrent « qu’il y a eu beaucoup de contacts et d’échanges dans cette unité au sein des personnels. Peut-être qu’il faudra qu’on regarde également, et ce sera un des buts de l’enquête, les conditions dans lesquelles les agents et les personnels sont ensemble, y compris en dehors des chaînes de production. Il faudra voir si les gestes barrières et de distance physique ont été ou non appliqués. »

La consommation de viande sans danger

Ces cas répertoriés dans les abattoirs peuvent s’expliquer par la promiscuité entre les employés. « Même si les mesures barrières ont été prises et que les abattoirs se sont mis en ordre de bataille assez rapidement, il est extrême difficile, même en diminuant les cadences, de toujours respecter les distances physiques sur les chaînes d’abattoir », explique Jean-Luc Angot, inspecteur général au Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) et coordonnateur de la plate-forme France Viande Export.

« L’ambiance » de l’abattoir peut aussi être responsable de ces contaminations. Il s’agit « d’un endroit confiné, car pas ouvert vers l’extérieur, un endroit froid et humide, propice à la propagation du virus », souligne-t-il. Et d’ajouter qu’il n’y a aucun danger à consommer la viande en provenance de ces abattoirs. Pour ce coronavirus, la contamination se fait par voie respiratoire, « il n’y a pas de contamination digestive, la consommation alimentaire, notamment de viande, n’est pas risquée », insiste-t-il.

À l’étranger aussi

Ces deux nouveaux « cluster » prenant naissance dans un abattoir s’ajoutent à plusieurs cas à l’étranger. Aux États-Unis, plusieurs abattoirs sont devenus des foyers de contagion du Covid-19. En Allemagne, dans le Schleswig-Holstein, région frontalière du Danemark, un abattoir avait enregistré 109 cas de contamination au 8 mai, jetant la suspicion sur l’ensemble de la filière dans le pays.

M.-A. B. avec l’AFP