La pétition adressée au ministre de l’Agriculture et adossée au manifeste a recueilli 41 503 signatures (au 23 octobre 2019). Elle souligne le mécontentement général vis-à-vis du cadre réglementaire imposé à la phytothérapie et l’homéopathie vétérinaires. Selon le collectif « Plantes en élevage », « la loi nous contraint à leur préférer des produits antibiotiques, anti-inflammatoires ou antiparasitaires issus de la chimie de synthèse ! ». Les éleveurs demandent que l’État prenne ses dispositions pour définir un cadre adapté et spécifique à l’utilisation de ces pratiques alternatives.

Aujourd’hui, l’utilisation de l’homéopathie ou des médicaments traditionnels à base de plantes n’est plus marginale dans les élevages. L’inquiétude croissante vis-à-vis de l’antibiorésistance et le développement des exploitations en agriculture biologique (AB), qui, dans leur cahier des charges, ne peuvent utiliser les antibiotiques qu’à des fins curatives, favorisent le recours aux médecines complémentaires. Or, les freins au développement de ces pratiques sont encore nombreux.

Points de blocage

Sur les 300 plantes d’usage envisageable en médecine vétérinaire, seules 120 substances végétales disposent d’une limite maximale de résidus (LMR) et quelques-unes ont une autorisation de mise sur le marché (AMM). « Déterminer une LMR a un coût important qu’un producteur de médicament ne choisit d’assumer que s’il est assuré d’un retour sur l’investissement » affirmait le Ministère de l’Agriculture en juin 2016. « Comme les plantes ne sont pas brevetables contrairement aux molécules chimiques, les industriels n’ont pas intérêt à développer des dossiers d’AMM complexes et coûteux » précisait Françoise Miani-Nico, vétérinaire technique, dans Le Point Vétérinaire en mars 2018.

Le manque de recherches expérimentales menées à ce sujet n’arrange pas les choses. Selon Gilles Charpigny, chercheur à l’Inra, « il existe trop peu de troupeaux expérimentaux dans les instituts de recherche français et les LMR imposées limitent les possibilités d’essais cliniques par les vétérinaires ».

Seule l’Europe peut trancher

À ce stade, seule l’Europe peut trancher. La question du statut des produits à base de plantes est en effet porté par l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV). Dans Le Point Vétérinaire d’octobre 2018, un interlocuteur de la Commission européenne assurait que « la Commission a accordé une attention particulière aux médicaments vétérinaires à base de plantes dans le prochain règlement sur les médicaments vétérinaires ».

Fin septembre 2018, le sujet avait été également abordé au Sénat. La mission sénatoriale recommandait alors de favoriser un cadre plus propice au développement des médicaments et soins vétérinaires à base de plantes. Des formations spécialisées auprès des vétérinaires et un renforcement des soutiens publics à la recherche dans ce domaine avaient aussi été évoqué. Des actions toujours en suspens à l’heure actuelle.

Concurrence déloyale

Face à l’engouement pour la phytothérapie, le marché est devenu incontrôlable. L’arrivée massive d’acteurs, qui ne sont pas des professionnels de santé, incite les éleveurs à l’automédication. Pierre May, vétérinaire phytothérapeute lance l’alerte (*) : « Les vétérinaires doivent respecter une réglementation européenne très stricte. […] Alors que des sites internet publics peuvent vendre en ligne tout et n’importe quoi, sans aucun contrôle ! » [...] « Les autorités ont parfaitement conscience que l’automédication est une catastrophe pour la profession, mais surtout pour le consommateur final », appuie Patrick Conesa, vétérinaire phytothérapeute de l’Association française des vétérinaires phytothérapeutes (AFVP)*.

« Face à la revendication des éleveurs, la profession vétérinaire doit considérer la réalité du terrain et envisager la façon dont le vétérinaire peut collaborer avec l’éleveur, sans faire de la prescription un point bloquant. Pour ce faire, les cadres actuels doivent être renégociés », conclut Philippe Labre, vétérinaire conseil en santé naturelle élevage (*).

Lucie Pouchard

(*) D’après Le Point Vétérinaire d’octobre 2018.