« Afin d’assurer la pérennité de nos systèmes agricoles, une transition vers une agriculture plus résiliente et s’adaptant au changement climatique est nécessaire », a souligné le ministère de l’Agriculture le 16 juin 2022 au sujet d’un rapport rendu par le Comité technique permanent de la sélection des plantes cultivées (CTPS) en novembre dernier.

En tant que premier maillon de la chaîne de valeur agricole et alimentaire, les semences et plants se positionnent en effet comme un levier fondamental pour impulser ces changements.

Diversité des espèces et variétés

Ainsi le comité plénier du CTPS a sollicité son comité scientifique afin qu’il éclaire, sur la base de la littérature scientifique et technique, ce qu’implique la transition agroécologique en termes d’espèces de variétés, de sélection, d’évaluation et de production de semences et de plants.

Parmi les pistes :

  • Cultiver des associations d’espèces ou de variétés, mais aussi agencer une plus grande diversité de variétés et d’espèces dans l’espace et dans le temps ;
  • D’autres traits, diversifiés, doivent aussi être pris en compte dans la sélection (dont les résistances aux maladies et autres bioagresseurs) ;
  • Sélectionner et évaluer davantage de variétés pour des adaptations à des situations singulières ;
  • Sélectionner une diversité de profils variétaux, complémentaires les uns des autres plutôt que de rechercher un nombre très limité de profils optimaux ;
  • Et enfin accroître le nombre de critères à considérer pour l’évaluation.

Démarches participatives et création variétale

Le CTPS considère par ailleurs que le déploiement de l’agroécologie à grande ampleur peut bénéficier des démarches participatives.

« La création variétale pour l’agroécologie devra introduire ces démarches pour les phases de sélection, d’évaluation, de caractérisation et de conservation. Elles pourraient répondre à la complexité engendrée par l’agroécologie, et aussi être créatrices de valeurs pour les différents acteurs impliqués (valeurs intellectuelle, financière, sociale). Elles sont complémentaires d’autres méthodes de sélection et d’évaluation et semblent appropriées pour des espèces orphelines ou pour des situations agroclimatiques peu couvertes par les méthodes de sélection classique », informe le rapport

Des verrous sont toutefois identifiés : financiers, organisationnels (accompagnement des démarches par une animation adaptée) et parfois méthodologiques.

Faire évoluer les dispositifs

Les réseaux d’essais et les dispositifs devront donc évoluer pour considérer davantage de services, de milieux et de pratiques agricoles. L’évaluation des variétés reposera alors sur une combinaison d’essais au champ, dont certains en agroécologie visant à caractériser l’adaptation des variétés à différents systèmes de cultures, et d’essais en conditions contrôlées dédiés à l’étude de caractéristiques d’intérêt (allélopathie, résistance à des stress biotiques ou abiotiques…).

« Ces réseaux d’essais doivent être conçus en considérant le risque de perte d’essais qui peut être accru du fait d’un moindre recours à des intrants de synthèse et le temps d’adaptation et de formation à de nouvelles pratiques pour les équipes mettant en œuvre les expérimentations (temps de transition) », ajoute de plus le rapport.

« Le champ des succès possibles est considérable, et le CTPS, par la richesse des communautés qui y contribuent, aura un rôle clef à jouer dans l’atteinte de ces succès », conclut dans son rapport le Comité.

Céline Fricotté