La bataille sur le dossier des néonicotinoïdes se poursuit. Dernière action en date des opposants au projet de loi autorisant des dérogations « en cas de danger sanitaire », 31 organisations environnementales, syndicales (dont la Confédération paysanne et la Fédération nationale de l’agriculture biologique) et représentantes des consommateurs, ont adressé le 7 septembre 2020 un courrier aux parlementaires leur demandant d’avoir « le courage politique de s’opposer à un projet de loi dangereux pour la biodiversité et pour l’avenir de notre agriculture ».

« Recul en matière de transition écologique »

Les signataires de cette lettre jugent qu’il s’agit là d’un « nouveau recul en matière de transition écologique et sociale », en « total contre-pied avec l’ambition annoncée d’un nouveau modèle agricole respectueux de l’environnement et de la santé. » Ils appellent à refuser cette dérogation à la loi sur la biodiversité pour trois motifs principaux :

  • Les néonicotinoïdes ont des « effets délétères avérés inacceptables sur les insectes pollinisateurs et sur la biodiversité, sur la qualité des sols et de l’eau, et sur la santé humaine. Accepter la réautorisation des néonicotinoïdes encourage un modèle agricole à bout de souffle et conduit nos agriculteurs dans une impasse », affirment les signataires du courrier ;
  • Les organisations soutiennent que « les solutions alternatives au recours de ces produits dangereux existent et doivent être développées et soutenues » ;
  • « L’opinion rejette massivement ce recul inacceptable proposé par le gouvernement », insistent-elles, mettant en avant les 130 000 signatures de la pétition contre la dérogation. « Un tel recul sur la loi de 2016 et la protection de notre environnement ne peut être adopté contre l’avis des citoyens », alertent les organisations.

Cette dérogation de 120 jours pour les semences enrobées avec des produits de cette famille chimique est notamment demandée par les producteurs de betteraves confrontés à une prolifération de pucerons à l’automne dernier, vecteurs de la jaunisse. Le 6 août dernier, le ministre de l’Agriculture annonçait une modification législative en ce sens.

> Lire aussi : Néonicotinoïdes : le ministre promet une dérogation pour les betteraves (06/08/2020)

Abeilles non protégées

Dans leur courrier, les signataires détaillent les « dix raisons pour ne pas voter » cette dérogation. Ils estiment par exemple que les conditions strictes pour demander une dérogation comme la récolte avant floraison, l’interdiction de planter des cultures à fleurs et le recours aux semences enrobées « ne protégeront pas les abeilles et la biodiversité ». Raison invoquée : l’exposition des abeilles « se fait aussi, et peut-être même surtout, par les fleurs sauvages » et les « néonicotinoïdes sont persistants ».

Les organisations pointent aussi l’apparition de résistances aux produits de cette famille chimique. Elles jugent que « la survie de la filière de la betterave ne dépend pas des néonicotinoïdes » et que « notre souveraineté alimentaire en termes de sucre n’est pas menacée », deux arguments avancés par la CGB (Confédération générale des producteurs de betteraves) et le ministère de l’Agriculture.

Exception betteravière

Autre point martelé aux parlementaires : « La boîte de Pandore ne doit pas être ouverte. » Les signataires craignent qu’en accordant cette dérogation, la France ouvre la voie à des demandes émanant d’autres filières, maïsiculteurs en tête. » Sur ce point, le ministre de l’Agriculture a été clair la semaine dernière la veille de la présentation du projet de loi le 3 septembre 2020 en conseil des ministres : l’exception betteravière sera explicitement mentionnée dans l’arrêté de dérogation.

> À lire aussi : Néonicotinoïdes : La dérogation ne concernera que la betterave (02/09/2020)

Isabelle Escoffier

(1) Générations Futures, la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme, le Syndicat national d’apiculture, Agir pour l’Environnement, Attac France, Bio consom’acteurs, Combat Monsanto, la Confédération paysanne, la Fédération CGT Equipement-Environnement, la Fédération Nature & Progrès, la Fédération nationale d’agriculture biologique, Foodwatch France, France Nature Environnement, Greenpeace France, Ingénieurs sans frontières, Justice Pesticides, les Amis de la Terre, la Ligue de protection des oiseaux, Nous voulons des coquelicots, Pollinis, le Réseau Environnement Santé, Terre et Humanisme, Terre d’Abeilles, l’Union nationale des apiculteurs français, l’Union syndicale Solidaires, WECF France, WWF France, Eau et Rivières de Bretagne, le Mouvement interrégional des Amap, Mouvement de l’agriculture biodynamique, UFC-Que Choisir.