Les cours des céréales s’envolent à la suite d’achats chinois et d’une bonne activité sur le marché mondial. Cette semaine, les cours des oléagineux bénéficient du soutien du rebond de la demande chinoise en soja et de la hausse des cours des huiles et du pétrole.

La pause du blé était éphémère

Après un repli de 3 $/t environ, les prix du blé meunier ont en effet regagné 7 €/t rendu Rouen, à 273,75 €/t base juillet pour se retrouver à 328 $/t Fob Rouen (318 le mois dernier). Leur progression en dollar est légèrement plus marquée que celle en euro à cause de l’appréciation de l’euro face au dollar au cours de la semaine. En plus de cette augmentation du prix meunier, il est intéressant aussi de constater que le blé fourrager en zone portuaire s’est renchéri encore plus fortement que le blé meunier : il a gagné 16 €/t si bien que l’écart entre les deux types de blé (qui se distinguent cette année surtout par les poids spécifiques) s’est nettement rétréci de 25 €/t il y a deux semaines à 11 €/t maintenant.

Le Matif, qui était reparti à la hausse dès la fin de la semaine dernière, a grimpé moins fortement cette semaine (+3,25 €/t) : il est resté orienté à la hausse presque toute la semaine hormis un creux jeudi avant un net rebond aujourd’hui.

Ce mouvement reflète la grande tension du marché du blé, que ce soit à l’échelle européenne ou mondiale ; aux Etats-Unis (USA), les prix ont augmenté de 8 $/t pour les blés SRW (qualité meunière moyenne) et de 15 $/t pour le blé HRW (bonne qualité meunière).

Les blés européens devenus les plus chers du monde dans leur catégorie qualitative

La hausse a touché aussi les prix de la mer Noire, mais de manière plus modérée : en deux semaines, les blés meuniers russes et fourragers ukrainiens se sont renchéris de 4 $/t alors que les prix français gagnaient 7 $/t. Les prix européens ont ainsi rattrapé les prix US, si bien qu’ils sont maintenant plus chers que leurs concurrents de la mer Noire. Ce sont même maintenant les blés européens qui tirent les blés de la mer à la hausse ! Les prix baltes par exemple sont grimpés en flèche, boostés par la demande du Proche-Orient et de celle du sud de l’Union européenne (UE).

Pour les blés français, l’accès de fièvre particulier semble lié à des achats de plusieurs bateaux de blé français par la Chine, achats portant sur une qualité du type fourrager avec sans doute des PS peu élevés. Nous avions prévu depuis plusieurs mois déjà des ventes de 2 millions de tonnes environ de blé français à la Chine et l’attractivité des blés fourragers hexagonaux était venue renforcer cette prévision ; au 7 octobre, les statistiques portuaires montrent des chargements français de près de 400 000 tonnes déjà à la Chine. Les nouvelles ventes ne sont pas « étonnantes » mais leur concrétisation et leur ampleur vient rappeler la faiblesse de l’offre disponible alors que les blés français étaient très demandés aussi à destination du sud et du nord de l’UE, ainsi que vers l’Afrique.

Avec ces prix élevés, l’on peut se demander si les blés français sauront maintenir leur place prévue en Afrique (du Nord et subsaharienne) face aux blés argentins qui arrivent (les pluies récentes ont été favorables dans le pays) pour les grains et apparaissent très compétitifs à partir de décembre d’une part, et face aux blés russes ou ukrainiens d’autre part. Cela va dépendre de l’évolution des prix de ces derniers, qui devraient grimper pour rejoindre les prix européens.

L’activité ne se dément pas en blé, qui perd néanmoins de l’attractivité face au maïs

Ces mouvements témoignent de l’importance de la demande mondiale face une offre limitée ; cette semaine, la Turquie a encore acheté 300 000 tonnes de blé meunier avec des protéines situées entre 11,5 et 12,5 % de protéines pour chargement en décembre. La Jordanie a acheté 60 000 tonnes de blé meunier, le Japon 53 000 tonnes de blé meunier canadien. En parallèle, plusieurs pays importateurs sont « dans » le marché : le Pakistan pour 90 000 tonnes, l’Éthiopie pour 400 000 tonnes, la Tunisie pour 100 000 tonnes et la Jordanie de nouveau pour 120 000 tonnes. Sans compter les achats de l’Iran qui ne sont pas rapportés publiquement.

Une des conséquences de l’envolée des prix du blé (plus marquée que celle du maïs à l’échelle européenne et mondiale) est aussi d’entraîner un basculement d’une partie de la demande animale prévue en blé vers du maïs.

Forte hausse des prix de l’orge, surtout des fourragères

L’orge suit le blé à la hausse et gagne même plus que ce dernier : l’orge fourragère se renchérit de 12 €/t cette semaine, à 247 €/t rendu Rouen, soit 294 $/t Fob Rouen. Le mouvement de hausse touche aussi les orges ukrainiennes (+6 à 8 $/t à près de 280 $/t Fob Odessa) alors que les orges australiennes restent stables (à 275 $/t Fob). Les prix de l’orge restent dirigés par la situation explosive du marché mondial de cette céréale, les stocks de fin de campagne étant attendus au plus bas depuis 40 ans ! Les achats turcs et saoudiens récents, les chargements à destination de la Chine de quantités déjà achetées au cours des derniers mois, les deux appels d’offres turc et tunisien en cours font s’envoler les prix.

Les orges brassicoles suivent aussi le mouvement ; néanmoins, leur prix grimpe un peu moins cette semaine que celui des orges fourragères (+8 €/t à 315 €/t Fob Creil pour les orges d’hiver et +5 €/t, à 335 €/t pour les orges de printemps). La prime énorme entre les orges brassicoles et fourragères (de près de 100 €/t) se rétrécit donc légèrement cette semaine : cela peut s’expliquer sans doute par le début d’un ralentissement des achats des malteurs et par une récolte française finalement meilleure que prévu en termes de qualité brassicole pour les orges de printemps (selon les résultats récents de l’enquête de Malteurs de France).

Belle récolte de maïs en Europe

Avec la progression des récoltes en France (32 % récoltés ce dernier lundi), les prix s’affaissent fortement dans l’est de la France (−20 €/t) pour s’aligner sur les prix du Sud-Ouest (245 €/t Fob Rhin et 247 €/t Fob Bordeaux, base juillet). Les prix de la façade atlantique, quant à eux, montent quand même de presque 7 €/t cette semaine avec une situation encore critique en termes d’approvisionnement à cause du retard de la récolte alors que les maïs français sont attractifs à destination du sud de l’UE.

Le maïs est d’ailleurs en train de « récupérer » de la demande initialement prévue pour le blé en alimentation animale et cela soutient aussi les prix du maïs. Les prix très élevés de l‘énergie encouragent par ailleurs les utilisations d’éthanol dont la production hebdomadaire aux USA est en forte hausse. Les pluies en Argentine et au Brésil sont de bon augure pour l’instant pour les semis à venir en Amérique du Sud mais la situation mondiale du maïs restera très fragile jusqu’à l’arrivée des récoltes de l’hémisphère Sud au printemps 2022. Cela reste un facteur de soutien important pour les prix européens malgré une nette hausse de la récolte européenne cette année et probablement un moindre besoin d’importation.

Prix du soja soutenu par la demande mondiale

Malgré une correction à la baisse entre mercredi 20 et jeudi 21 octobre, les prix du soja sur le marché de Chicago ont augmenté cette semaine (+6 à 7 $/t), alors même que la récolte US bat son plein (60 % des surfaces étaient récoltées au 17 octobre). Ce rebond des cours découle de plusieurs éléments haussiers : d’une part, les agriculteurs US ne sont pas pressés de vendre leur soja, ce qui limite les volumes disponibles sur le rapproché. Sur le marché physique, cela force les acheteurs à augmenter leurs offres afin de trouver ce dont ils ont besoin. La demande des triturateurs est par ailleurs très forte, étant donné que les marges de trituration du soja sont excellentes, soutenues par le prix élevé de son huile.

D’autre part, la demande internationale adressée aux États-Unis est plutôt soutenue sur ce début de campagne, là encore en raison de très bonnes marges industrielles pour la trituration de soja dans les pays importateurs. Les ventes hebdomadaires US ont bondi à presque trois millions de tonnes pour la semaine du 8 au 14 octobre 2021 (contre 1,3 million de tonnes la semaine précédente). Depuis le 15 octobre, les acheteurs chinois seraient particulièrement présents sur les marchés US et brésilien, avec une cinquantaine de bateaux achetés.

Le soja et le complexe oléagineux sont soutenus par le pétrole

Par ailleurs, la hausse du cours du pétrole cette semaine a continué d’entraîner à sa suite le cours de l’huile de soja (cette dernière a notamment vu son prix augmenter de plus de 63 $/t en une semaine à Rotterdam, pour retrouver un niveau qui n’avait pas été atteint depuis le printemps). Dans un contexte de crise énergétique mondiale exacerbée par la hausse des prix du gaz et du charbon, cela pousse les producteurs d’électricité à se tourner vers les produits pétroliers alors que les stocks de brut sont au plus bas.

Ces éléments haussiers ont ainsi largement contré les événements plutôt baissiers de ces derniers jours : la rapide progression des semis de soja au Brésil depuis le début d’octobre, notamment au Mato Grosso ; l’annonce de pluies en Argentine et au Brésil sur les prochains jours, qui devraient favoriser les semis de soja à venir ; la nette hausse attendue des surfaces de soja en 2022 aux dépens du maïs en raison des prix très élevés des intrants.

La faible demande animale pèse sur le cours du tourteau de soja.

Les cours du tourteau de soja n’ont guère progressé cette semaine sur le marché français (+1 €/t à Montoir, à 398 €/t) malgré la progression du cours de la fève. En effet, la demande animale est peu dynamique : bien que la demande en viandes et produits laitiers retrouve des couleurs avec la normalisation de l’activité économique, le coût élevé des céréales et tourteaux n’incitent pas les éleveurs à acheter beaucoup d’aliments composés. En juillet, la production d’aliments en France était ainsi en baisse de 4 % par rapport à juillet 2020. C’est également dû aux bonnes réserves fourragères à la suite des précipitations de l’été.

Le pois fourrager voit, en ce qui le concerne, son prix « corriger » un peu en baisse cette semaine (−2 €/t) mais il reste historiquement élevé (318 €/t) soutenu par les prix du blé, et par la chute des disponibilités mondiales cette année (écroulement de la récolte de protéagineux au Canada, avec les températures extrêmes de l’été).

Record battu pour les prix du colza en France

Que ce soit sur le marché à terme ou le marché physique, les prix du colza ont encore fortement augmenté cette semaine, soutenus par les très faibles disponibilités sur le marché mondial, avec l’effondrement de la récolte canadienne de canola. L’augmentation des coûts de l’énergie et des huiles ont aussi contribué à faire monter fortement les prix du colza, qui ont flirté avec les 700 €/t le 20 octobre (696 €/t en Fob Moselle).

Les prix se sont un peu repliés à la fin de la semaine, à la suite des huiles. Cela fait suite à des rumeurs indiquant que la Chine souhaite freiner la spéculation sur ses marchés financiers, et que l’Inde pourrait interdire les contrats à terme pour les huiles végétales, afin de contrôler les prix de ces biens alimentaires. Cela s’ajoute à l’annonce de bonnes précipitations à venir en Amérique latine, et à des nouvelles rapportant une petite hausse de la production d’huile de palme en Malaisie en octobre (par rapport à septembre).

Un léger retrait du cours du pétrole à la fin de la semaine a également contribué à renverser l’évolution des cours jeudi 21 octobre. En tout sur la semaine, le colza a tout de même vu son prix augmenter de 21 €/t rendu Rouen (à 677 €/t) et de 23 €/t, à 682,50 €/t sur le MATIF (contrat de novembre 2021). Par ailleurs, les premiers champs moissonnés en Australie confirment les bons rendements attendus cette année. La récolte de canola australienne devrait dépasser 5 Mt cette année. Cela ne suffira pas néanmoins à compenser les pertes subies par la récolte canadienne.

Progression du tournesol à la suite du colza

La hausse des colzas et sojas sur le marché mondial ainsi que du pétrole et des huiles a soutenu le prix du tournesol cette semaine. De plus, l’huile de tournesol est actuellement la plus attractive sur le marché mondial, et rivalise notamment avec l’huile de soja et de colza. Cela incite les importateurs d’huile à se tourner vers les producteurs d’Europe et de la zone de la mer Noire pour leur acheter des volumes conséquents d’huile de tournesol. Les marges de trituration du tournesol sont ainsi très bonnes dans de nombreux pays et les triturateurs sont à l’achat pour se procurer des graines sur les prochains mois. Cette demande soutenue fait augmenter les prix de 20 €/t pour le tournesol standard à Saint-Nazaire à 615 €/t, et de 15 €/t pour le tournesol oléique, à 625 €/t. Le tournesol standard en France bat ainsi le prix record de son histoire de 600 €/t qui avait été atteint en mars 2008.

Tallage

À suivre : rattrapage ou non des prix européens du blé par les prix de la mer Noire, compétition entre maïs et blé pour le secteur animal, récolte de maïs mondiale, achats de soja de la Chine, climat en Amérique du Sud (soja), avancée des récoltes de tournesol en Europe et mer Noire, prix du pétrole, conditions de cultures pour les colzas UE et mer Noire, récolte du canola et des céréales à paille en Australie, demande en huiles des pays émergents (Inde, Chine).