Quelque 500 agriculteurs se sont mobilisés le 9 mars 2020 pour mettre en place des barrages filtrants aux abords du lac de Caussade à Saint-Pierre-de-Caubel (Lot-et-Garonne) : « Ce lac concerne une quarantaine d’agriculteurs, promet Pascal Beteille, le président de la Coordination rurale dans le département. Maintenant qu’il est plein, il n’est pas question de le vidanger. Les maires nous soutiennent. Si les forces de l’ordre interviennent, il y aura un conflit. »

Barrage filtrant mis en place par la Coordination rurale du Lot-et-Garonne à Saint-Pierre-de-Caubel. © CR47

En octobre 2018, l’État avait demandé le retrait de l’arrêté de la préfecture qui avait donné, quatre mois plus tôt, son feu vert aux travaux. À la fin de février, la préfète Béatrice Lagarde avait annoncé l’engagement d’une procédure à l’encontre de la chambre d’agriculture pour obtenir la vidange de la retenue, puis indiqué plus tard « qu’une intervention imminente de la force publique n’était pas prévue à ce stade ».

Une entrevue a eu lieu ce mardi 10 mars 2020 à Paris, au ministère de la Transition écologique et solidaire en présence de la secrétaire d’État Emmanuelle Wargon, de la préfète de la Région Nouvelle-Aquitaine, de celle du Lot-et-Garonne et des élus du département dont Jean Dionis du Séjour, maire d’Agen et président de l’amicale des maires.

Un compromis à valider

Les élus du Lot-et-Garonne et les autorités publiques ont finalement proposé lors de la réunion au ministère de la Transition écologique, un compromis sur le lac de Caussade, qui permettrait aux agriculteurs d’utiliser cette retenue d’eau comme source d’irrigation cet été, prélude au dépôt d’un nouveau dossier d’autorisation après la période sèche.

Ce compromis passe par plusieurs étapes : agriculteurs et autorités vont devoir s’entendre sur un niveau du lac, dont la profondeur a dépassé les 5 mètres, compatible avec la sécurité et les besoins d’irrigation, un niveau qui sera placé sous surveillance. « À la moindre alerte, les services de l’État interviendront », a dit Béatrice Lagarde, la préfète du Lot-et-Garonne.

Puis vers octobre, il sera procédé à « une vidange complète » qui permettra de voir quels travaux de consolidation sont nécessaires, avant le dépôt d’un nouveau dossier d’autorisation. Cette fois-ci, les élus du département se sont impliqués dans le processus. « C’est le meilleur chemin pour sortir tous la tête haute », a commenté Michel Lauzzana, député LREM.

De l’eau pour cet été

« Nous sommes parvenus à tracer le chemin vers un consensus durable, relate Jean Dionis du Séjour, maire d’Agen et président de l’association des maires du Lot-et-Garonne. Le lac est placé sous surveillance renforcée sur la base d’un plan de contrôle fixé par l’État et que la chambre d’Agriculture devra mettre en œuvre en tant que propriétaire de l’ouvrage. Les agriculteurs pourront s’en servir cet été si aucun projet de sécurité n’est détecté. »

« Il sera vidangé cet automne pour voir si des travaux complémentaires sont nécessaires, poursuit-il. En parallèle nous redémarrons une concertation pour bâtir un règlement de l’eau -partage, gouvernance- consensuel. Il faut maintenant conclure avec nos agriculteurs pour que ce dossier retrouve une vie normale. »

« Nous aurons tous les détails dans les prochains jours par la préfète Béatrice Lagarde, a commenté Pascal Béteille, le président de la Coordination rurale du Lot-et-Garonne. Dans l’immédiat nous n’avons plus à vidanger le lac. C’est un point positif. Nous pourrons irriguer avec cet été. Cet automne on verra… » Mardi après-midi les barrages étaient levés.

« C’est quand même compliqué pour les agriculteurs »

« Nous sommes dans cette problématique aujourd’hui : le lac de Caussade a-t-il été réalisé dans les règles de l’art ? Il faut que l’on arrive à le savoir. Et c’est le but de la réunion ce matin », a expliqué Olivier Damaisin, député LREM du Lot-et-Garonne, à La France Agricole quelques minutes avant la réunion.

« Le lac est quasiment plein d’eau. Les agriculteurs vont avoir besoin de cette eau pour irriguer cet été. Qu’est-ce qu’on fait ? Je vais demander que des spécialistes viennent voir si cet ouvrage est dangereux ou pas. Parce que le vider sachant que les agriculteurs en ont besoin » lui semble contestable.

« Je soutiens la légalité, a poursuivi le député du Lot-et-Garonne. Ce lac, aujourd’hui illégal, a été légal, à un moment. On donne l’autorisation, après on la retire, c’est quand même compliqué pour les agriculteurs qui comptent dessus. Il faut que ça aille dans l’apaisement. »

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Hélène Quenin, Rosanne Aries et l’AFP