Les simulations climatiques le disent : les hivers seront plus doux et les jours de gel moins nombreux dans les années à venir. Toutefois, « il est courant d’observer d’importants refroidissements à la fin de l’hiver ou même au printemps. [La végétation], en stade avancé du fait de la douceur de l’hiver, est alors exposée de façon accrue aux gelées », explique Météo-France.

Un risque pour l’endurcissement des céréales à paille

Il n’y aura pas de disparition du risque de froid malgré la hausse des températures, mais il y a des disparités entre les espèces, nuance Jean-Charles Deswarte, ingénieur chez Arvalis. Pour les céréales à paille, le risque se porte davantage sur la perturbation de l’acquisition de l’endurcissement que sur le risque d’un développement de la végétation trop précoce.

« Pour acquérir une résistance au froid, il faut une exposition progressive à des températures froides, explique Jean-Charles Deswarte. Or, pendant la période de tallage, on peut avoir des conditions qui ne favorisent pas cette acquisition. Ça peut être des températures pas suffisamment froides, ou une fluctuation des températures. »

« Un pic de chaleur soudain peut entraîner l’arrêt de l’endurcissement, voire faire perdre son bénéfice, rajoute-t-il. Et lorsque la céréale passe de la phase végétative à la phase reproductive, elle n’est plus capable de s’endurcir. Si le froid arrive après, c’est trop tard. »

« C’est pourquoi maintenant, il faut chercher à maximiser la vitesse de l’acquisition de l’endurcissement, et non plus à maximiser l’endurcissement lui-même. »

La vernalisation limite les risques de précocité

En revanche, le risque d’un développement précoce pénalisé par des gelées tardives est moins important chez les céréales à paille. Pendant l’hiver, leur développement est contrôlé et freiné par la vernalisation et la durée du jour.

« Elles ne passeront donc pas du stade végétatif au stade reproductif et ne feront pas leur montaison de manière trop précoce, même en cas de décalage de la date de semis », estime Jean-Charles Deswarte.

Des simulations climatiques pas assez précises

Les simulations climatiques des années et décennies à venir sont complexes à réaliser, souligne Jean-Charles Deswarte : « On sait que ça va se réchauffer, mais on a du mal à prévoir les phénomènes extrêmes. Il y a des événements qui restent relativement rares et qu’on a du mal à capter et à prévoir avec précision. D’autres, que l’on considérait extrêmes, vont être plus fréquents. »

Au-delà d’un réchauffement climatique, il faudra aussi s’adapter à la variabilité et à l’imprévisibilité du climat, complète-t-il.

Qu’en est-il des couverts gélifs ?

Avec l’augmentation des températures et la baisse du nombre de jours de gel, les couverts gélifs, que l’on cherche à détruire par le gel, pourraient ne plus être considérés comme un choix technique pertinent dans les décennies à venir, imagine l’ingénieur.

Le changement climatique devra probablement amener à changer le niveau de résistance au froid et au gel des couverts, et à imaginer d’autres solutions de destruction. Mais, pour lui, la problématique est plus large : elle ne couvre pas seulement leur destruction, mais aussi leur implantation en conditions sèches, par exemple.

L’agriculture fait face à une multitude de changements

« Aujourd’hui, il n’y a pas que le changement climatique. Il y a une multitude de changements auxquels les agriculteurs doivent faire face simultanément, comme les changements sociétaux, techniques et réglementaires », rappelle Jean-Charles Deswarte.

Bien souvent, c’est la conjonction du changement ou d’un aléa climatique avec un obstacle technique, réglementaire ou social qui est complexe. « Si vous prenez l’exemple de la forte pression virale de 2020 : elle a été favorisée par un hiver très doux. Mais c’est aussi du fait de l’interdiction des semences traitées que la jaunisse nanisante de l’orge, JNO, a eu un tel impact.

Raphaëlle Borget