Pour sa nouvelle enquête portant sur l’agriculture, Élise Lucet a choisi de s’intéresser au secteur semencier. Dégradation des apports nutritionnels des légumes, appropriation du vivant par les industriels et travail des enfants : une fois de plus, Cash Investigation est allé loin. Trop au goût de certains. Si Élise Lucet est loin de faire l’unanimité, une chose est certaine : elle sait créer le débat.

Les entreprises contre-attaquent

Au sein des acteurs de la filière des semences remise en cause, pas question de se laisser intimider. Limagrain est pointé du doigt par l’enquête concernant le travail des enfants chez ses prestataires indiens et la commercialisation de semences non-inscrites auprès de ses adhérents.

Par un communiqué, l’entreprise dément en bloc ces accusations. Elle ajoute avoir donné « tous ces éléments factuels à Cash Investigation avant la diffusion du reportage », et regrette que « ceux-ci n’[aie]nt pas été repris au montage ».

Le Gnis (interprofession des semences), également par voie de communiqué, explique s’être préparé à la « tonalité polémique » de l’émission. En guise de réponse à Cash Investigation, l’interprofession renvoie sobrement vers une foire aux questions disponible sur son site officiel.

Les indignés

Parmi les agriculteurs et représentants de la profession, de nombreuses personnes ont cependant vu dans cette enquête une nouvelle attaque envers le secteur agricole dans son ensemble.

Version de décryptage

Thibault Fiolet, ingénieur et expert au sein de l’Efsa, a choisi, en réponse, d’offrir un contrepoint scientifique à l’enquête en citant de nombreuses sources et articles.

David Forge, le youtubeur à l’origine de moissonneuse.fr, a, quant à lui, rappelé l’existence d’une vidéo portant sur les variétés tournée par ses soins… dès 2016.

Loin du terrain, loin du cœur

Pour quelques internautes, Élise Lucet n’a pas laissé une part assez grande aux agriculteurs. On aperçoit bien de grandes serres de tomates, et quelques producteurs de blé auvergnat, mais l’émission aurait effectivement pu aller plus loin. L’intervention d’un maraîcher, concernant le coût de la semence sur son exploitation, n’aurait par exemple pas été inutile.

Les satisfaits

L’émission n’a pas que des détracteurs. Elle a même reçu des félicitations de la part des médias de grand public, mais également de représentants politiques.

Du côté du public, enfin, le bilan paraît mitigé. Europe 1 annonce 10 % de part d’audience, quand France 2 annonce 12,1 %. Dans l’un ou l’autre des cas, la performance ne serait pas exceptionnelle pour Cash Investigation par rapport aux saisons précédentes.

Pour ceux qui souhaiteraient se faire leur propre avis, l’émission de deux heures est disponible en replay sur le site de France Télévisions.

Ivan Logvenoff