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La gestion de la ressource en eau demande une « approche territoriale »

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Économies - La gestion de la ressource en eau demande une « approche territoriale »
Pour Sébastien Treyer de l’Iddri, « il faut réfléchir la gestion des économies d’eau à l’échelle de groupes d’agriculteurs, mais aussi réfléchir à la dimension territoriale. » © Jean-Bernard Nadeau

Lors d’un webinaire organisé par le Cercle français de l’eau sur le Varenne agricole de l’eau, Sébastien Treyer, directeur général de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), a pointé la nécessité de réfléchir entre tous les acteurs du territoire pour réduire la dépendance en eau. Et sur le besoin de miser sur l’innovation.

Le Cercle français de l’eau (1) a organisé le 5 juillet 2021 un webinaire sur le Varenne agricole de l’eau et de l’adaptation au changement climatique, plus précisément centré sur la thématique 3. Cette dernière propose « d’accéder à une vision partagée et raisonnée des ressources en eau mobilisables pour l’agriculture sur le long terme. »

> À lire aussi : Changement climatique : les trois chantiers du Varenne agricole de l’eau (27/05/2021)

Réfléchir ensemble

« Ce que montre cette thématique 3 du Varenne, c’est que réduire la dépendance à l’eau dans tous les usages suppose une approche territoriale où on va réfléchir ensemble aux questions de transition », a insisté Sébastien Treyer, directeur général de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).

« Cela met évidemment au cœur de cela, la question des bassins de production agricole, poursuit-il. Mais cela parle aussi du lien entre les projets territoriaux pour l’agriculture et les projets territoriaux des espaces urbains qui vont être très importants en matière d’artificialisation et d’usage de l’eau. »

Partant du principe qu’avant de chercher de nouveaux gisements, la meilleure manière de gérer l’eau est d’essayer de faire des économies, Sébastien Treyer a présenté quels pourraient être les leviers de ce Varenne en termes d’innovation technique, financière et socio-économique.

Innovation « paysage »

« On doit parler d’innovation technique mais aussi d’innovation “paysage”, soutient-il. Un des gisements importants de gestion de la ressource en eau, c’est l’eau qu’on retient mieux dans l’écosystème et dans le paysage agricole. »

« Les innovations systèmes avec la recomplexification des assolements, mais aussi les associations culturales et l’ensemble du paysage incluant les espaces artificialisés, supposent une approche collective et territoriale très importante », ajoute-t-il.

Et de poursuivre : « Il faut réfléchir la gestion des économies d’eau à l’échelle de groupes d’agriculteurs, mais aussi réfléchir à la dimension territoriale : comment un groupe d’agriculteurs peut travailler mieux avec les autres acteurs économiques du territoire dans sa logique de recomplexifier le paysage agricole. »

Approche par filière nécessaire

Selon le directeur général de l’Iddri, « la transition du secteur agricole compatible avec les objectifs de réduction des gaz à effet de serre, de biodiversité, de résilience, d’adaptation et de compétitivité, passe beaucoup par la question de rediversification. Mais cet exercice de rediversification est très compliqué par rapport à des tendances des bassins de production agricole à la spécialisation dont on comprend la logique économique qui vient de l’aval. »

Il convient que « rediversifier est compliqué : cela suppose des approches par filière de construire de nouveaux marchés en aval et ouvre des questions de solutions et d’innovations qui ne sont pas uniquement techniques, agronomiques ou à l’échelle des paysages mais qui sont de créer des accords de filières pour ouvrir de nouveaux marchés, de nouveaux « business models ».

Investissements pour la diversification

Selon Sébastien Treyer, on a aussi besoin d’innovation en termes financiers, sur la question des investissements notamment. « Ce dont on a besoin, ce ne sont pas forcément des investissements d’intensification mais des investissements pour la diversification », juge-t-il.

Et de citer l’exemple de l’agence de l’eau Seine-Normandie dont « la manière d’associer les acteurs de l’eau à la trajectoire de transition agricole a été de se dire, pourquoi pas financer des silos là où les coopératives ne voient pas encore pourquoi elles devraient investir là-dedans. Il ne suffit pas d’avoir le silo, il faut aussi avoir le marché derrière cela, il y a donc toute une réflexion sur la manière dont les agences de l’eau peuvent être une des contributions aux investissements de transition nécessaires pour l’agriculture. »

Mécanismes assurantiels

« Je cherche à décadrer de la seule question de l’investissement pour les ouvrages de gestion quantitative aux investissements pour la transition, explique Sébastien Treyer. Je dirais la même chose pour les mécanismes assurantiels : il est essentiel que les agriculteurs aient leur mécanisme assurantiel dédié pour la gestion des catastrophes, mais il me semble aussi qu’il faudrait raisonner la question des mécanismes assurantiels par rapport à la variabilité des ressources en eau dans une logique de transition. Comment peuvent-ils être pensés pour appuyer la transition vers la réduction de la dépendance à l’eau de l’ensemble des usages et en particulier de l’usage agricole ? »

> Lire aussi : Varenne de l’eau : les premiers arbitrages sur la gestion des risques prévus cet été (31/05/2021)

Isabelle Escoffier

(1) Association française qui regroupe autour de partenaires institutionnels et commerciaux, des élus locaux et nationaux. Elle se veut une structure de réflexion et de proposition.

Associer l’ensemble des acteurs

Le calendrier de constitution des groupes de travail de la thématique 3 du Varenne de l’eau a été présenté lors du webinaire du Cercle français de l’eau. Trois groupes de travail restreints vont être construits autour de chaque sujet composant cette thématique, à savoir : « quelles stratégies d’accès à l’eau pour l’agriculture par une meilleure mobilisation des gisements existants ? », « quelle voie de sécurisation des projets territoriaux de gestion des ressources en eau ? » et « quelle politique d’aménagement pour répondre aux besoins de ressources en eau à l’horizon de 2050.

Ces groupes de travail « cœur » sont composés d’une trentaine d’acteurs au plus près du sujet (représentants de l’État, agences de l’eau, Inrae, représentants agricoles, représentants de l’environnement, collectivité et autres acteurs experts).

« L’objectif du Varenne est de travailler avec un nombre d’acteurs le plus large possible et de laisser la porte ouverte à tout le monde, explique Luc Servant, président de la chambre d’agriculture régionale de la Nouvelle-Aquitaine et coprésident de la thématique 3 du Varenne de l’eau. Donc pour écouter tout le monde, des groupes de travail élargis ont été mis en place. Ils pourront apporter leurs contributions et seront invités en septembre pour s’exprimer. »

Un premier appel à contributions pour les groupes de travail restreints est en cours de réalisation. En juillet, « il y aura aussi un appel à l’ensemble des acteurs qui font partie de groupes élargis qui veulent apporter une contribution et faire remonter leurs propositions. »

« Un questionnaire leur permet d’ores et déjà de donner leur point de vue sur cette thématique 3 », précise Jean Launay, président du Comité national de l’eau et autre coprésident de la thématique 3.

Un lancement plus officiel des chantiers de la thématique 3 aura lieu au début de septembre. Puis des réunions permettront de partager les contributions et de commencer à écrire des propositions. Objectif : arriver à quelque chose de concert d’ici à la fin de l’année 2021.

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