« L’année 2020 a été une année faste pour le prix des matières premières agricoles qui reviennent à des niveaux que l’on n’avait plus vus pour certaines comme le soja depuis 2014 », souligne Claude Georgelet, président fondateur d’AgriTechTrade, société d’information sur les matières premières agricoles : « L’année sonne le réveil des matières premières agricoles. »

Tous confondus, les cours agricoles ont progressé de 14 à 19 % en 2020, calcule UBS dans une récente étude, selon laquelle l’envolée devrait se maintenir jusqu’au deuxième semestre de 2021. Cette envolée inquiète les pays importateurs et fait craindre une hausse des prix alimentaires notamment dans les pays en développement. D’autant que la Russie, premier exportateur mondial de blé, a décidé de limiter ses exportations pour pouvoir nourrir sa population à un prix abordable.

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La demande chinoise, une « pompe d’aspiration »

Première cause de l’envolée, l’épidémie de Covid-19 qui a incité certains pays à amasser des stocks de denrées alimentaires de base pour éviter le risque de rupture des chaînes logistiques mondiales, qui aurait fait en retour peser des menaces de famine. Par ailleurs, la Chine reconstitue son cheptel porcin, touché par la peste porcine africaine.

« Les Chinois, dans les deux dernières années, ont liquidé pratiquement 150 millions de tonnes de stocks de maïs pour les vendre aux fabricants d’aliment du bétail chinois », détaille Pierre Duclos, président d’Agri Trade Consulting. Résultat, le cours du maïs sur le marché à terme chinois a flambé et vaut actuellement « l’équivalent de 375 dollars la tonne », selon Pierre Duclos, soit « 20 à 30 dollars » de plus que les céréales importées, malgré les frais de transport. « On a là une pompe d’aspiration qui s’exerce sur l’ensemble des marchés agricoles internationaux destinés à l’alimentation animale », conclut Pierre Duclos.

Une « réévaluation » après 7 ans de baisse

Autre facteur de la pression haussière, les incertitudes climatiques : les perspectives de sécheresse en Amérique du Sud, avec La Niña, un courant d’air chaud qui réduit les précipitations, risquent d’abaisser les productions brésiliennes et argentines de soja cette année, fait valoir Claude Georgelet. Le secteur de l’énergie participe aussi à la flambée : un tiers de la récolte nord-américaine de maïs sert à fabriquer de l’éthanol, et 70 % de la récolte française de colza, ajoute-t-il.

La hausse des cours n’est toutefois vue que comme une « réévaluation » par les professionnels, après un cycle global de sept ans de baisse. Lors de la crise des « subprimes », le blé avait quasi touché la barre des 300 euros la tonne, rappellent les analystes.

L’envolée est freinée par la bonne tenue de l’euro face au dollar. « Si on était à la parité, on serait peut-être déjà à 250 euros » la tonne, estime Damien Vercambre, analyste au cabinet Inter-Courtage.

Vers une influence plus permanente

Dans tous les cas, le soutien apporté aux cours par la demande chinoise ne semble pas près de faiblir, à en croire Damien Vercambre, malgré un rebond annoncé de la production mondiale de 8 millions de tonnes à 773 millions de tonnes, du fait de l’augmentation des surfaces, notamment en France. Dans le plan quinquennal chinois, on voit que la Chine va continuer d’importer, car « l’autosuffisance est gommée », dit-il. « On a changé de paradigme sur la situation que la Chine va exercer de manière plus permanente sur le marché mondial », conclut Pierre Duclos.

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Avec l’AFP