« Pour les routes alternatives, il faudrait 10 ans d’investissements pour essayer de construire les infrastructures nécessaires pour remplacer ces infrastructures portuaires de la mer Noire, que nous avons passé environ 20 ans à construire, à partir de l’an 2000 », a déclaré le vice-ministre, Taras Vyssotsky, dans un entretien à l’AFP.

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Des solutions partielles

« Ces routes alternatives sont importantes », mais ne permettent d’acheminer qu’un tiers des exportations ukrainiennes, soit 20 à 25 millions de tonnes par an contre 60-70 millions de tonnes via les installations actuelles, a-t-il souligné. Taras Vysotsky a cité les chemins de fer, les camions, et les bateaux passant notamment par les ports de Roumanie et de Pologne.

Les alliés occidentaux de l’Ukraine cherchent des moyens de débloquer les ports ukrainiens sur la mer Noire, à commencer par celui d’Odessa, principale porte de sortie de la production agricole du pays, pour relancer les exportations de céréales.

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L’Ukraine est un des poids lourds de la production mondiale de céréales. Relancer les exportations ukrainiennes de céréales permettrait de limiter la flambée des prix sur les marchés mondiaux et la crise alimentaire qui menacent les grands clients de l’Ukraine, notamment dans les pays africains et moyen-orientaux.

En quête de « garanties de sécurité »

20C’est le nombre de millions de tonnes de la récolte de l’an dernier qui seraient toujours bloquées en Ukraine.

Kiev ne cesse de réclamer des « garanties de sécurité » pour débloquer les ports ukrainiens. « Sans garanties très concrètes permettant aux navires d’entrer et sortir en toute sécurité, nous ne pouvons pas autoriser de telles actions », a souligné Taras Vyssotsky, ajoutant que « la Fédération de Russie ne se montre pas prête » à en accorder.

En attendant, environ 20 millions de tonnes de céréales provenant de la récolte de l’année dernière sont toujours bloquées en Ukraine, a-t-il rappelé. Pour autant, ces céréales ne semblent pas menacées de pourrissement pour l’instant. « Si les conditions de stockage nécessaires sont réunies, les céréales peuvent être stockées de manière très efficace pendant une durée allant jusqu’à deux ans », selon le vice-ministre.

Evoquant une frappe russe récente sur l’un des plus grands terminaux céréaliers du pays, à Mykolaïv (sud), Taras Vysotsky a estimé que « 10 à 15 % des infrastructures portuaires avaient été détruites par des roquettes provenant de Russie ».

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Des preuves de vol par la Russie

Reprenant des accusations déjà émises par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, il a affirmé que Kiev avait « des preuves selon lesquelles environ un demi-million de tonnes ont été volées dans les régions partiellement occupées » par la Russie, citant précisément les régions de Kherson, Zaporijjia et Lougansk.

« Nous avons reçu des preuves par images satellites montrant que des céréales avaient été acheminées vers la Syrie. Nous avons informé tous les pays, y compris celui-ci, qu’il y avait des risques (de vol, NDLR) et que lorsque de tels navires partaient de la Crimée, il s’agissait de céréales volées », a encore souligné Taras Vyssotsky.

La péninsule de Crimée, dans le sud de l’Ukraine, a été annexée par la Russie en 2014.

Le vice-ministre a précisé que l’Ukraine n’avait aucun contact avec la Syrie, alliée de Moscou. D’autres pays se sont vus offrir des céréales de Russie soupçonnées d’avoir été dérobées à l’Ukraine. « Nous avons été informés que l’Egypte s’était vu proposer des céréales (d’Ukraine), mais le pays a rejeté » l’offre, a encore affirmé Taras Vyssotsky.

AFP