Vêtus de noir et de bottes, les manifestants — 450, selon la préfecture — visaient la « mégaporcherie » Avel Vor installée sur la commune. Ils ont participé à « une marche funèbre » lors de laquelle ils ont enterré « l’eau, la justice, la santé » symbolisés par des cercueils. Une avenue de la commune a aussi été renommée en « avenue des champs des lisiers ».

Des agriculteurs en soutien à l’exploitant

Quelque 350 agriculteurs, selon la préfecture, ont aussi fait le déplacement pour soutenir le gérant de la porcherie, Philippe Bizien, à l’appel de l’union des groupements des producteurs de viande de la Bretagne, rejointe par la FDSEA et Jeunes Agriculteurs (JA).

 

« J’ai reçu un soutien assez large de la profession agricole, toutes tendances syndicales confondues, rapporte Philippe Bizien. Mes voisins étaient présents. J’ai été agréablement surpris de voir également des riverains et des habitants de la commune venir exprimer leur solidarité. » La préfecture n’a pas noté de heurts particuliers.

 

La manifestation était organisée par l’association Avenir et environnement en Pays d’Iroise (AEPI), affiliée à Eau et Rivières de Bretagne et à France Nature Environnement. Avec des slogans visant l’État, elle entendait dénoncer « la pollution des nappes phréatiques » et « l’absence de gouvernance sur l’eau » causée, selon elles, par la porcherie.

 

Cette exploitation a obtenu un avis favorable d’un commissaire-enquêteur pour passer de 9 000 à 12 000 porcs. « On a les nappes phréatiques qui sont polluées, même l’exploitant a des problèmes d’eau. On a ici 33 tonnes d’ammoniac retombées sur le sol par an, et jusqu’à 6 tonnes par jour de lisier sur les terres. Au robinet, on ne boit plus l’eau potable, on est obligés de faire venir l’eau d’autres réseaux », a affirmé Éric Lefin, président de l’AEPI.

 

« On lâche rien, assure-t-il. On va lancer une plainte collective pour empoisonnement au gaz ammoniac de notre captage en eau. Car cela fait 20 ans que des actions auraient dû être menées pour le protéger. Il faut que la gouvernance de l’eau se réveille. »

Un projet vieux de six ans

Le projet montré du doigt est en fonctionnement depuis cinq ans. « Nous avons obtenu une autorisation en 2016, et nous produisons depuis 2017, explique Philippe Bizien. Mais depuis, il y a eu un recours en tribunal administratif. L’arrêté a été cassé. Le tribunal a statué que les éléments constitutifs du dossier déposé à l’époque étaient insuffisants. »

 

Un arrêté provisoire a été publié par la préfecture du Finistère à la fin de 2019, pour permettre à l’éleveur de poursuivre son activité, parallèlement au parcours de son nouveau dossier. « Faisant suite à l’avis positif du commissaire-enquêteur lors de l’enquête publique réalisée au printemps dernier, le dossier doit désormais passer en Coderst (1) en septembre 2022, avant décision du préfet », expose Philippe Bizien.

 

« Au-delà de l’augmentation de l’effectif de porcs, « il s’agit surtout d’une restructuration et d’une modernisation de l’élevage, défend Philippe Bizien. Nous avons fait désamianter des bâtiments des années 1970, installés davantage de technologie dans les bâtiments, des laveurs d’air, et des pompes à chaleur ».

(1) Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques.