La moitié du chemin reste à faire. D’une majorité présidentielle à une majorité législative, la route est encore longue pour Emmanuel Macron, élu le dimanche 7 mai 2017, président de la République. Pour disposer des moyens nécessaires pour la mise en œuvre de son projet politique, il lui faudra en effet, les 11 et 18 juin prochains, obtenir la majorité absolue à l’Assemblée nationale (289 sièges sur les 577).

D’ici là, la désignation de son gouvernement sera décisive. Pour l’heure, les pronostics vont bon train sur le (ou la) futur ministre de l’Agriculture, d’autant plus que l’offre est nouvelle et se veut dépasser le clivage gauche-droite. Alors à changement d’usage, changement de visage ?

« Emmanuel Macron ne veut rien s’interdire ! »

Quel que soit le nom annoncé la semaine prochaine, Emmanuel Macron a déjà fait savoir que ses premiers chantiers agricoles porteront sur la régulation des marchés en Europe et sur la construction du prix dans la filière alimentaire française. Des « états-généraux de l’alimentation » devraient ainsi s’ouvrir « dès les cent premiers jours de son quinquennat », assure l’un de ses cadres.

« Tous les leviers législatifs seront ouverts, poursuit-il : LME, droit de la concurrence, loi Sapin 2… Emmanuel Macron ne veut rien s’interdire ! » Son objectif : trouver le moyen d’assurer aux agriculteurs un prix payé supérieur aux coûts de production. Un défi que le nouveau Président assure pouvoir relever rapidement.

Les dossiers chauds du lait et de la viande bovine

Autre enjeu : s’il a promis qu’il défendrait l’Europe, les critiques face à son fonctionnement ne doivent pas être oubliées, ainsi que les promesses. Maintien du budget de la Pac, fin du dumping social, ouverture du chantier sur la régulation des marchés, notamment sur le lait et la viande bovine.

Par ailleurs, à l’issue des élections législatives, il prévoit de mettre rapidement en œuvre trois mesures budgétaires promises durant la campagne : le plan d’investissement de 5 milliards d’euros pour l’agriculture sur 5 ans, le doublement des MAEC et le prêt d’honneur pour les jeunes agriculteurs.

Bref, la tâche qui lui incombe est immense. Il ne reste désormais à l’homme qu’à montrer l’étoffe.

Un ministère de l’Agriculture ++

La Coordination rurale s’en inquiète déjà et espère que « le nouveau chef de l’État a pris la juste mesure de la profonde crise qui frappe les agriculteurs ». Pour s’en assurer, elle indique, dans un communiqué paru le 9 mai 2017, vouloir le rencontrer « dès que possible ». Et d’ajouter : « Puisse le président Macron être fidèle à son engagement de ne plus surtransposer la législation européenne en droit français, et d’aborder l’écologie avec intelligence et pragmatisme. »

De son côté, la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, félicite le nouveau Président sur Twitter, tout en soulignant son « énergie », sa « détermination » et son caractère « pro-européen » et en espérant qu’il sera « au rendez-vous pour renouer avec confiance et prospérité ». Dans un communiqué paru le 9 mai, elle précise par ailleurs que « cette ambition doit s’incarner dans un ministère au périmètre élargi, intégrant l’agriculture, l’alimentation, la forêt et les territoires ruraux ».

Même vœu pour Claude Cochonneau : sur Twitter, le président de l’APCA (Assemblée permanente des chambres d’agriculture), félicite le nouveau locataire de l’Elysée et demande un ministère élargi intégrant l’agriculture, l’alimentation et les territoires.

Rosanne Aries et Alain Cardinaux