Très attendue, la décision du Cnab de l’Inao (1) au sujet des serres chauffées est tombée. Au regard des objectifs de « respect des cycles naturels et de la saisonnalité » et de « réduction de l’utilisation de ressources non renouvelables », l’Inao fait savoir que les dispositions suivantes ont été votées (23 voix pour et 15 contre) :

  • Le chauffage des serres est possible uniquement dans le respect des cycles naturels. Dans ce cadre, la commercialisation, au stade de la production, des légumes (aubergines, concombres, courgettes, poivrons et tomates) avec la qualité biologique est interdite entre le 21 décembre et le 30 avril.
  • Les producteurs seront soumis à l’obligation d’utiliser uniquement des énergies renouvelables pour chauffer les serres, pour toutes les exploitations entrant en conversion à compter de janvier 2020. Pour les exploitations en conversion ou certifiées AB avant cette date, cette obligation entrera en vigueur en janvier 2025.
  • L’ensemble de ces dispositions ne s’applique pas à la production de plants.

« On espère que l’ensemble de la distribution française suivra cette position et qu’on ne verra pas débouler des centaines de tonnes de tomates bio espagnoles, italiennes ou belges », a déclaré Olivier Nasles, président du Cnab, qui compte sur la « pression des consommateurs ».

Une mobilisation qui « porte ses fruits »

Pour la Confédération paysanne, le Cnab a « résisté aux assauts de l’agro-industrie », via « une première étape importante ». Le syndicat salue également la présence du ministre de l’Agriculture lors de cette réunion pour « soutenir ce compromis ». Il y voit une « preuve que la mobilisation collective pour protéger la bio porte ses fruits ».

Guillaume Riou, président de la Fnab, aurait préféré « une interdiction pure et simple », mais a tout de même voté pour une solution qui « va globalement dans le bon sens » : « ça va encadrer un peu les choses. On ne pourra pas faire tout et n’importe quoi », a-t-il salué.

Questions de dates

« Toutes les familles étaient d’accord sur le cadre du sujet ; le seul truc sur lequel on butait, c’était les dates », a affirmé Olivier Nasles. Selon lui, la Fnab souhaitait retenir la date du 1er juin pour commencer à commercialiser des fruits et légumes bio, tandis que le camp adverse, qui compte notamment la FNSEA, les JA et les chambres d’agriculture, souhaitait la date du 21 mars.

« C’est un mauvais compromis », a réagi auprès de l’AFP Étienne Gangneron, vice-président de la FNSEA, qui souligne que le chauffage des serres « n’est encadré nulle part ailleurs ».

« Les consommateurs ne vont pas arrêter de consommer de la tomate bio en avril », a-t-il estimé. « On importait 78 % de tomate bio, on va passer à 90 % », a-t-il conclu.

Demande d’harmonisation européenne

« J’avais raison de faire confiance aux membres du Cnab, a déclaré Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation. Par leur décision courageuse, ils ont aussi montré qu’ils répondaient aux demandes claires des consommateurs en matière d’agriculture biologique. Fort de la décision du Cnab, je peux maintenant porter à Bruxelles une demande d’harmonisation au niveau européen. »

H.P. avec l’AFP

(1) Institut national de l’origine et de la qualité.