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Des rations pour réduire le méthane émis par les laitières

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Bonnes pratiques environnementales - Des rations pour réduire le méthane émis par les laitières
Certaines stratégies impliquent une hausse du coût de production, en partie compensée par une progression de la production laitière. © S. Champion

L’augmentation de la part de concentrés et l’apport de lipides dans l’auge des laitières permettent de limiter la production de méthane entérique.

Le méthane entérique est naturellement produit pendant les fermentations microbiennes du rumen des bovins. Cela est inévitable, « mais on peut chercher à en limiter les émissions, pour des considérations environnementales, et aussi pour améliorer l’efficience alimentaire des animaux, car cela reste une perte énergétique », indique Benoît Rouillé, de l’Institut de l’élevage. Pour l’heure, le guide des bonnes pratiques environnementales, édité par le RMT élevage et environnement en 2019, met en avant deux principales stratégies alimentaires pour y parvenir : l’augmentation de la part de concentrés dans la ration et l’apport de lipides en lieu et place d’une partie des glucides.

Préserver le confort digestif des animaux

Le méthane est produit lors de la digestion des composés cellulosiques et de l’amidon contenus dans les fourrages. Leur dégradation induit une libération d’hydrogène, converti en méthane par la microflore du rumen. Augmenter la part de concentrés au détriment des fourrages est donc un levier utile pour réduire les émissions. Dans un essai réalisé en Belgique dans le cadre du projet Life Dairy Clim (1), ces émissions par kilo de lait étaient inférieures d’un tiers pour les vaches recevant une ration sèche composée de 70 % de concentrés, en comparaison avec celles alimentées avec 83 % de fourrages. « Il faut néanmoins veiller à préserver le confort digestif des animaux, avertit le spécialiste. Au-delà de 35-40 % de concentrés dans la ration, il y a un risque d’acidose. » Tout dépend de leur composition.

Autre astuce : remplacer une partie des glucides par des lipides insaturés. Ces derniers ne sont pas fermentés dans le rumen et ne produisent pas d’hydrogène, indique le guide des bonnes pratiques environnementales. Dans l’étude belge, l’apport d’un concentré avec 15 % de graines de lin extrudées a montré des résultats probants, à condition d’avoir plus de 4 % de matière grasse (MG) dans la ration. D’après le système d’alimentation Inra 2018, pour une ration ensilage de maïs, d’herbe et de concentrés, « les émissions de méthane baissent de 7,5 % quand on augmente le taux de MG d’un point », indique Benoît Rouillé. Mais il ne faut pas en abuser. « La MG peut encapsuler les fibres, les rendant inaccessibles à la flore digestive », explique le spécialiste, qui recommande de ne pas dépasser 5 % de MG dans la ration.

Contenir le coût

Avant de revoir l’alimentation, une appréciation de la balance bénéfices-risques est nécessaire. L’incorporation du lin, « n’a d’intérêt qu’avec une valorisation spécifique, comme dans la filière Bleu-Blanc-Cœur », estime-t-il. Si l’élevage n’est pas, ou est peu autonome pour la production des concentrés, en augmenter l’apport entache son empreinte carbone globale. La rémunération des crédits carbone et les plans d’action proposés dans le cadre de la démarche La ferme laitière bas carbone peuvent aider à compenser l’investissement.

Si la balance ne penche pas du bon côté, « il est possible de se tourner vers des additifs et la sélection génétique, qui ne demandent pas de revoir tout le système fourrager », conclut Benoît Rouillé.

Alexandra Courty

(1) Le projet Life Dairy Clim (2015-2019) implique la Belgique, le Danemark et les Pays-Bas.

Additifs alimentaires

D’après le RMT élevage et environnement, les additifs les plus efficaces pour réduire les émissions de méthane entérique sont le nitrate de calcium et le 3-nitrooxypropanol (3-NOP), non encore commercialisé. Mais la question de l’acceptabilité par les consommateurs se pose. Les additifs Agolin Ruminant, Enogen ou Yea Sacc sont d’ores et déjà sur le marché. Concernant ces produits, et ceux à venir, « il est indispensable d’en calculer le coût carbone, afin que les efforts faits pour le méthane ne dégradent d’autres facteurs », estime Benoît Rouillé.

Lire l’article sur l’additif Agolin dans La France agricole n°3 783 du 25/01/2019, p. 30.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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