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« La présence de ruches sur la ferme change l’approche du système »

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Bonnes pratique agricoles - « La présence de ruches sur la ferme change l’approche du système »
Jean-Charles Desforges (à gauche) accueille sur son exploitation les ruches d’Hubert Havegeer. © Réseau Fermes Leader

Jean-Charles Desforges s’est adapté aux ruchers qu’il héberge sur son exploitation depuis dix ans. Cette année, des ruches connectées ont confirmé ses bonnes pratiques agricoles.

La première expérience de Jean-Charles Desforges avec les ruches remonte à l’enfance, quand un salarié en installe quelques-unes sur la ferme familiale. Ce souvenir « ancré dans la tête » n’est pas étranger à sa décision, voilà dix ans, de se rapprocher d’apiculteurs locaux pour en accueillir de nouveaux sur son exploitation de près 110 hectares à Milly-la-Forêt, dans l’Essonne. « La ferme supporte 30 à 50 ruches en permanence », se réjouit-il.

« Une responsabilité envers les pollinisateurs »

Jean-Charles travaille désormais avec trois apiculteurs, au contact desquels il a beaucoup appris. « En échangeant avec eux, je me suis aperçu qu’il pouvait y avoir, certaines années, des déficits alimentaires en mars par exemple, ou en octobre et novembre, explique-t-il. En tant qu’agriculteurs, notre rôle est d’essayer de trouver des solutions pour que les ruchers soient alimentés toute l’année correctement, sans se mettre de contraintes insurmontables. »

L’exploitant, qui estime avoir « une responsabilité envers les pollinisateurs », a ainsi changé l’approche de son système, d’abord en diversifiant l’assolement.

Le nombre de cultures a doublé : blé, orge, pois, colza, lin oléagineux, betteraves et plantes aromatiques, conduites par son épouse Sophie. Des jachères mellifères ont aussi été implantées. « Je fais attention à ce que je fais dans les champs, mais aussi en dehors, ajoute-t-il. Je fauche plus tardivement les bordures de parcelles qui comprennent des plantes intéressantes pour les abeilles. » La ferme compte de plus 1,8 km de haies et bordures de bois, qui contribuent à la richesse alimentaire à disposition.

Les abeilles profitent des bandes fleuries pour s’alimenter. « J’essaie d’introduire des plantes intéressantes dans les jachères : un mélange de moutarde, radis, vesce et phacélie offre des fleurs plus longtemps qu’une moutarde seule », indique Jean-Charles Desforges. © Réseau Fermes Leader

Des ruches connectées

L’exploitation de Jean-Charles Desforges accueille depuis cette année une dizaine de ruches fixes appartenant à Hubert Havegeer. « L’alimentation doit venir aux abeilles : dans un rayon de 1 à 1,5 km, il faut un maximum de fleurs avec un nectar accessible, indique l’apiculteur. Le premier volume de production vient du colza et le deuxième des acacias, nombreux en bordure de la forêt de Fontainebleau. Les plantes aromatiques y contribuent également. »

Le partenariat entre les deux hommes s’est formé via le projet Fermes Leader, qui a lancé en 2020 Apitech, un réseau de ruches connectées. Hubert en compte trois dans son rucher. Grâce à des capteurs (lire l’encadré p. 38), il suit l’évolution du poids de ses ruches. « Sans même me déplacer, je vois s’il y a suffisamment de nectar à collecter à proximité », rapporte-t-il. Les données lui indiquent de plus à quelle heure les abeilles rentrent le soir. Des informations utiles à Jean-Charles : « Je réfléchis bien avant d’envisager un insecticide, et je traite en dehors des heures de butinage, pour ne pas risquer d’en pulvériser en leur présence. » L’apiculteur n’est pas inquiet pour la santé de ses abeilles. « Si l’agriculteur qui vous héberge respecte bien la mention abeille et les applications tardives, vous n’aurez aucun problème, affirme-t-il. Il est tout à fait possible d’en élever et de produire du miel en pleine zone céréalière. »

Jean-Charles Desforges est satisfait de voir « qu’agriculture et apiculture sont compatibles, avec de bonnes pratiques agricoles. C’est la concrétisation d’une synergie, avec des éléments mesurables. » Les ruches connectées ont ainsi confirmé par des chiffres la bonne santé des colonies. « La ruche est capable de gagner 5 kg par une journée très ensoleillée ! La prise de poids peut être spectaculaire », s’émerveille l’apiculteur.

Dans la volonté de poursuivre sur le volet environnement « sans réduire les rendements de façon drastique », Jean-Charles Desforges a obtenu la certification HVE, haute valeur environnementale. « Mon blé est déjà en CRC, culture raisonnée contrôlée, et je souhaite aller vers des productions ZRP, zéro résidu de pesticides, pour rassurer le citoyen sur la qualité sanitaire des denrées agricoles produites sur ce type de ferme », déclare-t-il.

Justine Papin

Contexte

• Sur son exploitation de 110 ha à Milly-la-Forêt (Essonne), Jean-Charles Desforges accueille depuis dix ans des ruches. Il travaille avec trois apiculteurs, dont Hubert Havegeer depuis un an, via le réseau Ferme Leader d’Apitech.

Trois ruches connectées.

Assolement diversifié : blé CRC, orge, colza, pois, lin oléagineux, betterave à sucre, plantes aromatiques (thym, lavandin, monarde), jachères mellifères.

La technologie au service des abeilles

Les ruches connectées du constructeur toulousain Beeguard donnent les informations globales de la vie du rucher. Elles sont équipées de trois éléments : un capteur de températures « qui renseigne sur l’état des couvains », explique Hubert Havegeer ; une balance qui pèse en permanence la ruche et une station météo, qui donne le climat autour du rucher, « utile en cas de vents violents ou de températures très fraîches ». Les données sont restituées sous forme de courbes journalières, « qui permettent de suivre l’évolution du poids du couvain, la quantité de nectar rentrée et le nombre d’abeilles nées dans la journée », complète-t-il. Hubert Havegeer sait ainsi que ses trois ruches connectées produisent 77 kg de miel, soit une moyenne de 25 kg par ruche.

Le récap
Les points positifs
  • Pas de changement complet du système, ni de perte de rendement.

  • Des informations concrètes grâce aux ruches connectées.

Les points négatifs
  • Du temps supplémentaire pour les traitements de nuit (plus longs).

  • Élaboration de mélanges plus complexes pour les jachères et coût des semences.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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