Benoît Reignier est à la tête du Gaec Saint Géran, à Agincourt, en Meurthe-et-Moselle. Polyculteur-éleveur, en système naisseur de vaches allaitantes, il s’est engagé dans une mesure agroenvironnementale et climatique (MAEC) polyculture-élevage en 2015, avec l’accompagnement technique de la chambre d’agriculture et d’un groupements d’intérêt économique et environnemental (GIEE). Benoît s’est ainsi lancé dans une démarche de réduction progressive de ses indicateurs de fréquence de traitements (IFT) herbicides et hors herbicides, puis à leur maintien. « L’idée est de faire mieux avant de faire plus. C’est aussi, quelque part, un challenge technique », déclare l’agriculteur, qui explique avoir envie de travailler différemment avec les produits phytosanitaires. C’est également pour lui une manière d’anticiper d’éventuelles évolutions réglementaires, et une façon de réduire les charges de production. Une démarche qui s’inscrit dans sa volonté de transmettre son exploitation dans de bonnes conditions techniques et économiques.

Variétés résistantes

« La gestion des adventices implique de lever le pied sur les dates de semis en automne, en les retardant d’environ quinze jours », commente Benoît. Une technique qui permet de limiter la levée des adventices automnales, mais qui risque d’affaiblir le potentiel de production. Pour limiter la pression, il a également augmenté la part des cultures de printemps : orge, tournesol et maïs, en fonction des années.

« Je ne cherche pas le zéro graminées », explique l’agriculteur, qui admet un « salissement acceptable » de deux à trois vulpins par mètre carré, principale problématique de désherbage dans la région. Il observe également un certain opportunisme dans la mise en place de son assolement : « Lorsque je note un salissement en graminées trop important, j’évite d’implanter une céréale d’hiver l’année suivante. »

Par ailleurs, Benoît implante systématiquement des couverts en interculture avant les semis de printemps. De l’avoine est incluse dans le mélange – pois fourragers, vesce, phacélie, trèfles d’Alexandrie, quelques radis – pour une bonne couverture du sol, dans le cas où la culture suivante n’est pas une graminée. Question désherbage, il travaille en microdoses sur colza et tournesol. En colza, cette technique est combinée à des passages de herse étrille à l’aveugle, avant la levée de la culture, faisant sécher les adventices à des stades très jeunes (fils blancs).

Cette année, le temps sec et chaud a limité la pression adventices, avec peu de vulpins dans les orges d’hiver –  où aucun antigraminées n’a été appliqué – et les blés. « Dans le cas d’une année plus humide, l’objectif d’IFT herbicides risque d’être plus difficile à remplir », admet l’agriculteur, toujours engagé dans une démarche de maintien des indicateurs.

Pour contrôler son IFT hors herbicides, Benoît Reignier utilise des semences de ferme non traitées en colza et en orge de printemps. En orge d’hiver et en blé, toutefois, la semence traitée reste de mise, leur cycle de développement étant plus long. Il s’est également tourné vers les variétés résistantes aux maladies fongiques, et pratique les mélanges variétaux en blé et en colza (lire l’encadré). L’agriculteur est en TCS (techniques culturales simplifiées) depuis vingt ans, et n’est pas, par ailleurs, concerné par la pression des limaces.

La MAEC comporte un critère d’autonomie alimentaire de l’exploitation, qui a été rempli grâce à la réintroduction de 15 hectares de prairies temporaires dans la surface cultivée. « Ce point permet aussi de diluer les IFT », souligne Benoît. En effet, les surfaces dédiées à ces cultures, moins gourmandes en produits phytosanitaires, sont comptabilisées dans le calcul moyen des IFT à l’échelle de l’exploitation.

Hélène Parisot