Depuis 2019, Guillaume Delcros produit des œufs en complément des volailles fermières. « Je livre deux fois par semaine une dizaine de supermarchés de Lozère avec des poulets et des pintades, explique le jeune éleveur. Ces magasins étaient également intéressés par des œufs du département. Je me suis lancé avec deux autres producteurs. Ce développement m’a permis de proposer davantage d’heures de travail à mes salariés, ce qui m’a aidé à les fidéliser. »

Aujourd’hui, Guillaume élève quelque 16 500 volailles de chair et 1 000 pondeuses par an. Pour développer ses ventes, il ne mise pas uniquement sur la demande de produits locaux. L’éleveur tient également à se démarquer par la qualité. « J’utilise des aliments produits en montagne, avec des formules sans OGM adaptées à mes besoins, associant blé, triticale, maïs, tourteaux de colza et de tournesol et minéraux », précise-t-il. Les prix d’achat vont de 350 €/t pour l’aliment démarrage, jusqu’à 290 €/t pour celui de finition.

Éviter les poux rouges

Les poulets sont élevés en bandes de 1 500 et abattus entre cent cinq et cent quarante jours. Avec quinze jours de vide sanitaire en plus, Guillaume ne peut élever que 2,3 bandes par an et par cabane. « Mais mes poulets ont ainsi le temps de bien profiter des parcours herbeux, affirme-t-il. Leur viande, mieux finie, est plus savoureuse. » Sans forcer la croissance, le poids moyen atteint 1,8 kg pour les femelles et 2,5 kg pour les mâles.

Les pintades sont élevées en bandes de 600 par cabane de 60 m². L’âge moyen à l’abattage est de cent vingt-cinq jours, pour un poids moyen de 1,5 kg. Plus fragiles, ces volailles sont moins faciles à mener. « Le soir, je dois aller les rentrer avec le chien, sinon elles restent dehors, même s’il pleut, précise Guillaume. Les poulets, eux, se gèrent seuls. À partir de la quatrième semaine, je peux laisser les trappes ouvertes tout le temps. »

Les poules, élevées en bande de 1 000, arrivent prêtes à pondre à l’âge de dix-sept semaines. « Le bâtiment ne nécessite pas de chauffage, mais doit être bien ventilé, souligne-t-il. Et il faut éviter tous les supports où les poux rouges pourraient s’incruster. »

Pour gagner du temps au ramassage des œufs, l’éleveur veille à supprimer les zones d’ombre qui pourraient attirer les poules et les inciter à pondre en dehors des nids. En moyenne, il obtient, pour l’instant, 250 œufs par poule et par an. « Je peux progresser, dit-il. Maintenir le taux de ponte demande de la technicité. »

À côté de l’abattoir, construit en 2017, Guillaume a implanté un centre de conditionnement d’œufs. Il s’est équipé d’un fourgon de livraison plus grand et a étoffé son équipe. Actuellement, six salariés à temps partiel assurent l’abattage des volailles et le conditionnement des œufs. « Je m’occupe de la gestion du planning, de l’élevage avec l’appui d’une salariée, du ramassage des œufs, des livraisons et des relations avec les clients, explique-t-il. Cela me prend beaucoup de temps, mais c’est un travail qui me plaît ! »

Amortir les investissements

En trois ans, Guillaume Delcros a investi 150 000 euros dans l’abattoir et la salle de découpe, puis 90 000 euros dans un centre de conditionnement d’œufs équipé d’une calibreuse. « Pour l’instant, je couvre les frais et je dégage une petite marge, confie-t-il. La trésorerie reste tendue. Je dois arriver à produire un peu plus pour mieux amortir ces investissements sans avoir à fixer de prix trop élevés, afin de garder un bon rythme de vente. »

La situation devrait s’améliorer dans les années à venir. « Je suis en train d’augmenter la production, et je fais désormais 20 % de volailles en découpe, mieux valorisées », souligne le jeune éleveur.

Frédérique Ehrhard