Est-ce que mon sol fonctionne bien ? De cette réponse découle le choix du travail mécanique ou semi-direct, des pratiques de fertilisation, voire du mélange des couverts. Il existe plusieurs tests simples à appliquer au champ. « On manque encore de références scientifiques sur ces indicateurs mais ils représentent actuellement de bons outils de vulgarisation. Pour les agriculteurs et les conseillers, ils permettent de comparer facilement et à moindre coût différentes parcelles », indique Anaïs Hervier, conseillère en production végétale à la chambre d’agriculture de l’Indre. Les résultats seront accompagnés d’analyses de sol pour des informations précises.

Observer les mottes

La première observation peut être le test bêche, aussi appelé méthode VESS, (Visual evaluation of soil structure). Prélevez un bloc de terre de 25 cm et déposez-le, si possible sur une bâche, à côté du trou. Observez les épaisseurs de chaque couche et attribuez une note de 1 à 5, de friable à très compact (forme, porosité, racines, facilité de fragmentation…). Une fiche d’aide à la notation est disponible sur le site internet de l'institut technique Arvalis.

La présence de racines, de vers de terre ou d’insectes indique l’intensité de l’activité biologique, et donc de l’aération du sol. À partir de la note 4, « compact », il est préférable d’intervenir mécaniquement pour améliorer la structure. Ce test peut être complété par un test de compactage avec un pénétromètre ou une simple tige métallique. Enfoncez une barre de 30 cm dans le sol à différents endroits pour connaître les hauteurs de compaction. Cela permettra de ne travailler que l’horizon compacté ou de choisir des couverts aux systèmes racinaires variés.

Vitesse d’infiltration de l’eau

Passons au test Beerkan. Il s’agit de mesurer la vitesse d’infiltration de l’eau dans le sol. Le test peut être réalisé à n’importe quel moment de l’année, après la destruction des couverts par exemple, 48 à 72 heures après une pluie. Pour cela, il faudra : 10 bouteilles d’eau de 310 ml, un cylindre en PVC de 20 cm de diamètre et 15 cm de hauteur, un chronomètre et de quoi écrire. Comptez une trentaine de minutes au maximum.

Le test Berkaan permet de mesurer la vitesse d'infiltration de l'eau dans un sol. (©  Aude Richard)

Placez le cylindre au sol, appliquez le sac plastique au fond du cylindre. Versez une première bouteille, enlevez le plastique d’un coup (il sert à égaliser le versement) et notez le temps d’infiltration dans le sol. « Pour que ce soit plus simple, on peut marquer un repère sur le cylindre à 3 cm. La première bouteille est généralement absorbée en quelques secondes, explique Anaïs Hervier. Il faut alors verser la deuxième rapidement.

Au fur et à mesure, les versements seront plus espacés. » Le rapport entre le volume d’eau et le temps d’infiltration donne le coefficient de vitesse d’infiltration. Lors d’un test dans le cadre du projet Recouvertt dans le Cher (lire l’encadré), un couvert de féverole pure a mis quinze minutes à absorber les 10 bouteilles, alors qu’un mélange de couverts bien développé, dans un sol structuré a nécessité trois fois moins de temps.

Juste avant la destruction des couverts, de la fin d'octobre à la mi-novembre, la méthode Merci (1) permet d’estimer des restitutions par les cultures intermédiaires (azote, phosphore, potasse). Développée par la chambre régionale d’agriculture de la Nouvelle-Aquitaine depuis 2010, elle s’effectue en une vingtaine de minutes.

Qualifier les couverts

Au champ, il faudra de quoi délimiter un quadra de 1 m² (cercle ou carré), un sécateur, une bâche, plusieurs sacs, une balance et des pesons. Un jour où il fait beau et en l’absence de rosée sur les plantes (entre 11 h et 16 h), repérez une placette de 1 m² représentative du couvert, puis coupez toutes les plantes « au ras du sol », sans prélever de terre.

La méthode Merci a pour objectif de chiffrer les restitutions d'azote, phosphore et potassium des couverts d’interculture. (©  Aude Richard)

« Il est nécessaire de séparer chaque espèce dans des sacs différents. Le mieux est de répéter l’opération trois fois dans des zones distinctes, puis de rassembler les trois prélèvements triés par espèce. On peut constituer un sac pour les repousses », signale Olivier Hochedel, conseiller agricole à la FDGeda du Cher. Les adventices seront écartées ou comptabilisées dans un autre sac si elles sont nombreuses.

L’étape suivante consiste à peser chaque espèce (féverole, vesce, moutarde, phacélie…), sans oublier de soustraire le poids du sac. Sur un téléphone ou un ordinateur, direction le site internet Merci. La création d’un compte, gratuit, n’est pas obligatoire mais utile pour enregistrer ou imprimer les données.

Il suffit de saisir quelques données parcellaires, puis les poids de chaque espèce, y compris les repousses. On obtient ainsi la quantité d’azote piégée par le couvert et les restitutions de l’azote, du phosphore et du potassium pour la culture suivante. Il est également possible d’obtenir les valeurs fourragères ou méthanisables et le stockage du carbone dans le sol. « La biomasse fraîche est facile à récupérer mais les résultats sont souvent surévalués. Un étuvage à 60°C pendant 48 h avant la pesée permet d’obtenir des résultats plus précis », ajoute Olivier Hochedel.

La méthode Merci se fonde sur le rapport carbone sur azote (C/N) pour estimer l’azote potentiellement restitué au sol. Comme le souligne Thomas Legrand, de l’association Hommes et territoires, il peut être complémenté par un état biologique pour comprendre les blocages du sol. « Il est utile d’analyser le type de matière organique : libre, lié ou stable. Un test de flottabilité (2) donne quelques indications mais des analyses de sol poussées, de l’ordre de 300 €, apportent des réponses précises. » Ces analyses peuvent être financées dans le cadre des groupes 30 000.

(1) « Méthode d’estimation des restitutions par les cultures intermédiaires ». (2) Mélanger du sol dans l’eau, laisser reposer 5 minutes et observer ce qui flotte.