De sa précédente expérience dans la banque, Leopold Hoste a gardé le goût des chiffres et des tableurs Excel. Revenu sur la ferme familiale à Bourguébus (Calvados) en 2024, en prévision du départ à la retraite de son père, le jeune agriculteur de 27 ans a réalisé un état des lieux détaillé des charges. L’objectif : optimiser les coûts de l’exploitation, dont la surface totalise 1 000 hectares.
« Cette année, j’ai vendu la moitié de ma récolte de blé à 150 €/t, au même prix que mon grand-père en 1987, alors que les charges ont explosé depuis cette époque. Face à cet effet de cisaillement, et au changement climatique qui rend le climat imprévisible, la ferme doit être plus résiliente », estime-t-il.
Pour semer un blé, l’itinéraire classique des Hoste, en TCS depuis 30 ans, consiste en deux ou trois déchaumages avant de passer un semoir à disques Horsch. Après des visites de fermes pour s’inspirer d’autres techniques, Leopold s’est mis en tête de trouver un semoir qui lui permette de réduire les charges d’implantation des cultures et les passages de travail du sol, coûteux en carburant, main-d’œuvre et utilisation.
Semer même en mauvaises conditions
Il a testé différents semoirs. L’automne 2024 étant très pluvieux, il a finalement loué un Claydon Hybrid T de 6 mètres à un concessionnaire qui lui promettait qu’il pourrait semer même en mauvaises conditions.

« Grâce à une première rangée de dents, l’outil fissure le sol tous les 30 cm sans perturber les horizons. Le réseau racinaire reste présent, permettant une meilleure absorption de l’eau », explique Leopold.
Derrière, se trouvent les dents semeuses, munies d’un soc en pattes d’oie. Les descentes et les socs placent les graines de chaque côté de la ligne de fissuration.
« Pas de rouleaux à l’arrière, mais deux rangées de herses peignes, qui font que je suis peu limité par les conditions climatiques », note l’agriculteur. Avant de semer, il ne déchaume qu’une fois avec un outil à disques, pour casser les œufs de limaces et les adventices et mélanger les pailles.
Économie de carburant
« Avant, il fallait 45 litres de carburant pour implanter un hectare de blé. Désormais, il faut environ 25 l/ha », détaille Leopold, qui estime économiser 20 000 € de GNR et 300 heures de tracteurs par an.
Toutes les cultures de sa récolte 2024 ont été semées avec le Claydon, à l’exception du lin qui nécessite un lit de semences très fin. Satisfait des rendements obtenus, il a investi dans le semoir en août 2025.
Avec cette technique, Leopold a réduit son parc matériel, qu’il a d’ailleurs renouvelé à 90 % (dont une partie en crédit-bail), passant de 10 à 6 tracteurs, équipés de GPS, et dont il a négocié une garantie de 5 ans.
« J’ai augmenté mes annuités de remboursement, mais je divise par deux le coût d’entretien, et ils consomment moins de carburant. » Il a également réduit sa charge salariale. « Avec cette méthode et le matériel récent, j’ai estimé que je pouvais me passer de deux unités de main-d’œuvre », décrit-il. Son équipe compte désormais un chef de cultures et 3 salariés.
Pas de couverts avant les semis d’automne
Conformément à la directive nitrates, il sème des couverts avant les cultures de printemps. Il a choisi de ne pas en semer avant celles d’automne. « Je me suis intéressé au semis direct sous couvert, et ai échangé avec des collègues l’ayant adopté.
Cette technique requiert des couverts spécifiques, dont le coût est élevé. Cela fonctionne chez eux car leur parcellaire est proche de la ferme, il est donc plus facile d’intervenir. Moi, j’ai des champs à 80 km, et j’étais dans l’optique de réduire mes charges. »
Trois années supplémentaires de test
« Avec la technique Claydon, un passage de herse à pailles est conseillé », poursuit Leopold. Néanmoins, face aux craintes de ses salariés sur cette technique à très faible perturbation du sol, l’agriculteur fait le compromis d’un déchaumeur à disques.
Il se laisse trois années supplémentaires à tester le semoir Claydon, et propose également de la prestation de services. « Si cela ne fonctionne pas, je leur ai promis de repartir sur une technique plus standard. En revanche si les résultats sont bons, j’opterai pour une herse à paille. »
Récemment, Léopold a visité des fermes en Angleterre qui ont adopté ce système de semis depuis des années. « Cela m’a d’autant plus conforté dans ma décision », rapporte-t-il.