« À deux ans du lancement du plan protéines, on est bon sur les oléagineux, mais plutôt en stagnation, voire réduction sur les légumineuses. […] Force est de constater que c’est très difficile », a commencé Laurent Rosso, le directeur général de Terres Univia. Il intervenait à la table-ronde organisée par Semae dans le cadre du Salon international de l’agriculture, le 2 mars 2023, accompagné de Thierry Momont, chef du marché hybride chez KWS-Momont, de Philippe Hamelin, directeur de Bioline Solution, et de Pierre Bascou, directeur des marchés agricoles au sein de la direction générale de l’agriculture à la Commission européenne.

Innovation variétale

Pourquoi avons-nous tant de mal à cultiver des protéagineux en France ? « Parce que ce n’est pas rentable pour l’agriculteur, a tranché Thierry Momont. C’est une formidable tête d’assolement. Si l'agriculteur décide de s’en passer, c’est qu’économiquement il ne s’y retrouve pas. » Plusieurs raisons ont été avancées pour expliquer ce manque de rentabilité. L’innovation variétale, d’abord. « On a une baisse de l’utilisation des semences certifiées. On estime qu’on est à 70 % de semences de ferme, qui ne participent pas au financement de la recherche. Sur des marchés avec de petites utilisations, les moyens sont extrêmement limités pour une recherche innovante qui profite aux agriculteurs », rapporte Thierry Momont.

Cette problématique est particulièrement prégnante en pois, selon Laurent Rosso. « Sur d’autres cultures, c’est différent. En lentilles et pois chiche par exemple, c’est plutôt un sujet de structuration de la filière. Il faut créer un marché et des utilisateurs. […] Il faut faire en sorte de donner de la valeur à la production française, [et à son respect de l’environnement], pour mieux la valoriser que les produits importés. »

Temps long

« En oléagineux, on a beaucoup plus d’acquis agronomiques qu’en protéagineux. [Là-dessus], on a deux décennies de retard, estime Laurent Rosso. Les Canadiens, [leader sur ces marchés], ont mis 25 ans pour y arriver. Il faut prendre conscience que pour implanter des légumineuses dans les rotations, ça prend des dizaines d’année. »

« La France est malgré tout parvenue à atteindre une autonomie sur 50 % de sa consommation de matières riches en protéines, contre une moyenne de 36 % en Europe. Les oléagineux y ont fortement contribué, en remplaçant partiellement, mais de manière très significative le soja importé », a-t-il fait remarquer.