Afin d’emmener les agriculteurs dans sa lutte contre le changement climatique, le gouvernement envisage une rétribution fédérale du carbone stocké dans les terres agricoles. En mars dernier, Tom Vilsack, secrétaire d’État à l’Agriculture, a dessiné les grandes lignes de ce projet. « C’est un moyen de fournir une aide financière aux agriculteurs afin qu’ils intègrent sur leur exploitation des pratiques intelligentes face au climat, qui permettront de préserver un sol plus sain et d’améliorer la qualité de l’eau. »

Pour alimenter ce fonds, le Commodity Credit Corporation pourrait être mis à contribution. D’ordinaire dédié à pallier les variations du revenu agricole, son utilisation pour le carbone fait toutefois débat.

Le secteur privé très impliqué

Le gouvernement n’est pas le seul à s’intéresser au carbone des farmers. La pression sur les industries fortement émettrices les pousse à se tourner vers ce marché pour racheter les crédits nécessaires à l’amélioration de leur bilan carbone. Des sociétés se sont engouffrées dans la brèche pour jouer les intermédiaires.

C’est le cas de la start-up Indigo AG, qui propose des contrats d’achat de crédit carbone auprès des agriculteurs. Afin d’estimer au plus juste la valeur de ces crédits, elle a mis en place un indicateur basé sur la collecte de données, et sur des analyses de sol effectuées un peu partout sur le territoire américain. L’exploitant s’engage de son côté sur des pratiques comme le non-labour, la couverture permanente des sols, la réduction de la fertilisation ou encore la création de zones tampons.

Pour s’assurer d’une mise en place adaptée, Indigo fournit un accompagnement technique pour l’agriculteur qui s’engage pour cinq ans minimum. Mark Titterington, responsable de la communication d’Indigo en Europe, justifie cette démarche. « Les pratiques agricoles n’ont un impact que si elles sont implantées plusieurs années. Mais nous avons confiance dans notre contrat et modèle pour que les agriculteurs restent longtemps chez nous. » Une fois l’engagement pris, la société traite directement avec les contreparties pour la revente des crédits générés.

Rétribution variable

La science ne permet pas encore de quantifier précisément l’influence des pratiques agricoles ou de l’environnement sur la séquestration du carbone. La valorisation reste liée au calcul des entreprises. Mark Titterington le reconnaît. « Les sols, le climat et les modes de production diffèrent d’un endroit à l’autre, cependant nos analyses nous permettent d’être de plus en plus précis. Notre modèle est déjà très fiable, mais la recherche se poursuit. »

Malgré les nombreux acteurs présents sur le marché, les niveaux de rétribution restent peu élevés et très variables compte tenu de l’investissement économique et technique. L’université Purdue (Indiana) a relevé dans son dernier baromètre que les exploitants engagés dans cette démarche étaient rémunérés entre 24 et 50 dollars par hectare.

B. Devault