Il y eut le froid tardif du printemps, les pluies persistantes en mars et avril et, enfin, la « calima » et la grêle. En Espagne, certaines régions ont cumulé tous ces aléas climatiques au cours des deux derniers mois. Avec pour la région de Murcie sans doute plus encore d’intensité. Cette dernière, voisine de l’Andalousie, a fait les frais de pluies incessantes pendant au moins les cinq dernières semaines.

Aléa qui ajouté aux autres, notamment la poussière saharienne, a causé la perte de 30 % au moins de la récolte. « Aucun endroit ni aucune culture n’en ressort indemne », soulignait le syndicat agricole COAG, le 18 avril. Les pluies « ont dévasté les cultures et empêché le travail essentiel pour la préparation des suivantes, la taille et la récolte, avec les facteurs aggravants de la pourriture, de l’asphyxie racinaire et des champignons ». Au rang des cultures les plus touchées, figurent celles de brocolis, choux-fleurs et laitues, avec près de 80 % de la récolte endommagée. Les pertes sont aussi élevées pour les récoltes de melons et de pastèques : entre 12 000 et 14 000 € par hectare.

Du jamais vu depuis 42 ans

Cette situation est d’autant plus préoccupante que début avril, la Murcie n’avait pas été épargnée par les gelées tardives. Même si celles-ci se sont faites nettement plus mordantes au nord-est et au centre du pays qu’au sud. « Ce froid polaire, qui s’est invité de manière ponctuelle dans la campagne espagnole, a été l’un des pires événements en l’espace de quarante-deux ans », notait Agroseguro, le système espagnol d’assurances agricoles, qui a estimé à 150 M€ le montant des indemnisations. Avec en tête des régions touchées, la Catalogne (59 M€), puis l’Aragon (42 M€) et Castille-La Manche (24 M€), puis les régions de Valence et Murcie (12 et 8 M€).

Dans les deux premières, les abricots, en pleine croissance, ont souffert de la violente chute du thermomètre (jusqu’à - 8 °C). 70 % de la récolte est mise à mal. La culture des amandes est aussi particulièrement meurtrie, notamment en Castille-La Manche. À Ciudad Real, dans la région de Montiel, les cultivateurs ont eu beau allumer des feux rien n’y a fait, presque la totalité de la production a été emportée. De manière plus éparse, certaines parcelles de cerises, citrons et oranges, kakis, vignes, colza et betteraves ont également été touchées par le froid.

Les limites des assurances

Devant l’ampleur des dégâts, les autorités des communautés concernées ont entamé des démarches auprès du gouvernement espagnol en vue d’obtenir des aides complétant les assurances dont les couvertures montrent leurs limites. Dans l’Aragon, le conseiller à l’agriculture a confirmé, le 19 avril, que seraient prises des mesures « pour que les agriculteurs professionnels qui peuvent être dans une situation critique, dans le cadre de l’assurance, puissent bénéficier de ce soutien supplémentaire ».

En Murcie, son homologue a aussi indiqué avoir réclamé au gouvernement des baisses d’impôts sur les revenus de 2022. Auxquelles, vraisemblablement, selon lui, devraient s’en ajouter d’autres l’an prochain.

Marjorie Cessac