« L’industrie agroalimentaire française affiche des marges structurellement deux fois inférieures à celles des autres industries manufacturières, une situation qui confirme son impossibilité à être compétitive face à ses concurrents européens et qui compromet sa capacité à investir et à se moderniser », alerte l’Association nationale des industries alimentaires (Ania), dans un communiqué publié mercredi 14 janvier 2026.
« Sans action rapide pour permettre de restaurer des marges permettant l’investissement, c’est la capacité de notre pays à transformer sa production agricole qui sera hypothéquée » et « c’est la possibilité pour les Français de choisir une alimentation produite en France qui sera remise en cause », affirme l’Ania.
Cette prise de parole du lobby de l’agro-industrie intervient au moment des négociations commerciales avec la grande distribution. Ces échanges ont pour but de fixer in fine les prix des principaux produits vendus en supermarchés pour l’année à venir. D’après une étude de la Banque de France portant sur la rentabilité des entreprises agroalimentaires entre 2018 et 2024, réalisée sur un échantillon de 13 533 entreprises (soit plus de la moitié du secteur), l’Ania souligne que dans son secteur, la marge nette est de 3,5 % contre 5,8 % pour l’industrie manufacturière. Selon l’Ania, il s’agit d’une situation qui confirme l’impossibilité du secteur agroalimentaire face à ses concurrents européens. Cela compromettrait sa capacité à « investir » et à « se moderniser ».
« On descend lentement mais sûrement »
L’étude de la Banque de France révèle que les marges des entreprises alimentaires demeurent à des niveaux « alarmants ». « Les entreprises de l’agroalimentaire n’ont pas vu leurs marges augmenter au cours de la période inflationniste, présente le communiqué de l’Ania. Ce sont des industries à faible valeur ajoutée et la création de valeur est principalement absorbée par les charges de personnel, laissant peu de ressources pour l’investissement et la rémunération du capital par rapport aux autres industries. »
Dans un article publié dans L’Opinion, ce mercredi 14 janvier 2026, l’organisation parle d’un « crash » pour l’agroalimentaire français en expliquant que « le secteur subit une mort lente, une agonie ». « Quinze ans qu’on sur est la piste bleue, qu’on descend lentement mais sûrement. Là, on arrive dans le mur », indique Pierre-Marie Décoret, économiste de l’Ania, dans l’article de L’Opinion.
La situation est particulièrement tendue pour cette industrie « à faible valeur ajoutée », arrivée à un tournant « historique » en 2025, où « l’agroalimentaire a fermé plus de sites qu’elle n’en a ouverts ». « Une entreprise alimentaire sur quatre affiche aujourd’hui un résultat dans le rouge », précise l’Ania.
« L’agroalimentaire a fermé plus de sites qu’elle n’en a ouverts »
L’association note que l’agroalimentaire « subit davantage de défaillances que les autres industries manufacturières ». 2,5 % des industriels alimentaires ont disparu en 2023 et en 2024, contre 1,5 à 2 % dans l’industrie manufacturière, dans son ensemble. « En 2025, nous assistons à un renversement de tendance historique. L’agroalimentaire a fermé plus de sites qu’elle n’en a ouverts, expose l’Ania. Treize fermetures nettes de sites industriels ont déjà été comptabilisées au premier semestre de 2025 et les perspectives consolidées pour le second semestre sont très préoccupantes. »
Ainsi, l’Ania, qui rassemble syndicats et associations représentatifs des plus de 20 000 entreprises alimentaires du pays, appelle les pouvoirs publics « à prendre la mesure de l’urgence dans laquelle se trouvent les entreprises agroalimentaires ». En septembre 2025, la structure avait déjà alerté sur « l’effondrement » de la balance commerciale alimentaire française, dans un contexte de change défavorable, de tensions commerciales et de perte de compétitivité au sein même de l’Union européenne.
L’agroalimentaire français, premier employeur industriel avec 520 000 salariés, représente un chiffre d’affaires de 250 milliards d’euros.