Un tiers bovins, un tiers méthaniseur et un tiers volailles : le revenu principal de Pierre (50 ans) et Audrey (48 ans) Besançon s’appuie sur les trois ateliers qu’ils ont construits sur leur exploitation mayennaise, leurs 165 ha cultivés en céréales (blé, orge, maïs), pâtures et fauches arrivant en soutien.
« Après mon BTS à Nancy (Lorraine), je suis venue en Mayenne comme inséminatrice pendant que Pierre reprenait une exploitation dans la Marne en 1999. Mais il était loin, d’où son projet de reprendre une installation ici, la Mayenne étant aussi une terre d’élevage », se souvient Audrey.
En 2002, Pierre s’installe avec un ex-collègue d’Audrey. Elle le rejoint en 2008 afin d’être plus disponibles pour leurs quatre enfants et cesser de travailler hors de la ferme le week-end. « L’installation d’Audrey n’ayant pu se faire dans le cadre du premier Gaec, nous avons construit un nouveau projet et mon petit frère Olivier, qui travaillait en grandes cultures dans l’Est, nous a rejoints », détaille Pierre.
Tout vide tout plein
Le profil des associés détermine aussi la stratégie de l’exploitation : lorsque Pierre s’est installé, il existait un atelier de 600 m2 de volailles, production qui intéressait Olivier. Le Gaec comptant trois associés, il fallait générer trois revenus. Il a donc choisi de développer la volaille avec un premier bâtiment de 1 500 m2 en 2009 puis un second en 2012.
« Au début, nos deux bâtiments volailles étaient décalés pour valoriser au mieux la chaleur, surtout au moment du démarrage. Mais pour des questions de sécurité sanitaire, nous sommes passés en tout vide tout plein. Donc, nous avons besoin d’un petit coup de pouce en gaz pour le démarrage des poussins », détaille Audrey.
« Lorsqu’Olivier est parti pour construire un nouveau projet en 2014, nous avions donc une production avicole bien installée. À l’époque, je n’étais pas très chaude pour les volailles car je faisais plutôt la traite et l’administratif, mais je m’y suis mise et c’est passionnant », sourit-elle. À tel point qu’elle se place dans le tiers supérieur du groupement avec 15 à 18 €/m2 de marge PA (poussin/aliment) alors qu’elle était plutôt à 9 €/m2 en 2015.

Audrey gère les deux bâtiments avec le salarié de la SCEA. En 2014, les époux décident de ne pas chercher d’autre associé ni d’embaucher un second salarié mais d’investir pour réduire leurs temps de travail avec un premier robot de traite (Fullwood), remplacé en 2019 par un robot de la marque Lely.
Des aides pour investir
Impliqués dans la démarche Nature d’éleveurs pour le bien-être animal, les associés s’équipent en 2019 en perchages, installent des fenêtres et augmentent les points d’alimentation et de boisson en équipant le plus vieux des deux bâtiments d’une ligne de pipettes de plus et d’une quatrième ligne d’assiettes.
« Nous en avons profité pour investir dans le but de faciliter le travail, avec le relevage électrique des lignes d’alimentation puis, en 2025, des lignes de pipettes, détaille Audrey. En agriculture, il faut savoir s’adapter. La lumière naturelle est un plus pour les animaux comme pour nous, mais il faut aussi apprendre à gérer pendant les périodes chaudes pour que les animaux ne souffrent pas. »
Leur groupement, Huttepain Aliments, les aide dans leurs investissements, avec notamment 17 €/m2 afin de bétonner les sols pour les poulets lourds et s’adapter ainsi à la demande des abattoirs. « Il fallait dans tous les cas rénover les sols. Nous gagnons aussi beaucoup de temps dans le curage et nous pourrons produire des poulets lourds. »
Dernier investissement, un silo pour les granulés de paille, qui remplacent la paille broyée ou défibrée et réduisent les pododermatites, un critère demandé par les abattoirs comme indicateur de bien-être animal. « Cela va nous permettre d’obtenir les primes pododermatites, ce qui couvre le surcoût de la litière et une part de l’investissement pour le béton. »
Les bâtiments pourront désormais recevoir soit des poulets du quotidien (1,9 kg en 31 jours), soit des poulets alourdis (2,2 kg en 36 jours), soit des poulets lourds (3,3 kg en 42 jours). Même si les époux Besançon demandent une revalorisation des prix en raison de l’inflation, ils reconnaissent tout l’intérêt du travail en filière et de la sécurisation du revenu grâce au contrat trois points (poussin, aliment, reprise du vif) qui les protège.