« Le fer à souder est mon crayon, la disqueuse est ma gomme », résume Olivier Bidault, installé au Tilleul-Lambert, dans l’Eure, en 2005. Depuis dix ans, il crée des sculptures inspirées par des pièces de mécanique agricole. Aîné d’une fratrie de trois enfants, Olivier devait reprendre l’exploitation après son BTS ACSE (1) à Angers, en Maine-et-Loire, mais il s’est d’abord expatrié du côté de Tarbes (Hautes-Pyrénées) avec celle qui deviendra son épouse. Il y prépare un BTS commercial en un an, puis devient logisticien pour la Coopérative de Pau (Euralis aujourd’hui). Ce n’est qu’une dizaine d’années plus tard qu’il rejoint son frère sur la ferme familiale, incluant grandes cultures et arboriculture, ainsi que l’élevage et l’abattage de 100 000 volailles par an.
Des œuvres pesant 70 kg en moyenne
Sa pratique artistique a commencé dès l’enfance, avec la reproduction de bandes dessinées. « Après mon BTS, ma mère m’a offert l’inscription à l’Université populaire du Neubourg (2), où j’ai appris l’aquarelle », raconte Olivier, animé d’un besoin de créer. Il peint régulièrement jusqu’à son installation, mais rêve déjà de trois dimensions et notamment de modeler l’argile, « les mains dans la terre, la tête dans les étoiles ». Lors d’un voyage au Maroc en 2014, un scorpion réalisé à partir de fil de fer et de boulons vu au souk est à l’origine du déclic.
« Sachant souder, je me suis aussitôt dit que je pouvais en faire autant », relate Olivier. Deux semaines après son retour, il façonne son premier scorpion en redonnant vie à une chaîne de vélo et une griffe de râteau. Poulets, cochon et tête de cerf, ses premières œuvres sont offertes à sa famille et des copains. La même année, l’autodidacte vend sa première sculpture : l’avant-main d’un cheval grandeur nature.
Pour la première fois, en 2017, ce passionné de codage informatique expose ses pièces pesant en moyenne 70 kg au Salon des artistes indépendants normands de Rouen et revient primé. En 2018, ses modèles de voitures et motos ornent les vitrines du Ritz, hôtel de luxe parisien. « En général, c’est la pièce qui m’inspire, indique Olivier. Le marteau d’un broyeur me fait penser à un menton de cheval, par exemple. »
Dans l’ancienne étable de l’exploitation, les étagères accueillent ses créations en cours, mais aussi des trésors pour les suivantes. Devant cette profusion d’objets, le cinquantenaire est vraiment dans son élément. L’homme, qui a établi l’arbre généalogique de sa famille depuis la Révolution, explique : « J’ai à cœur de préserver l’intégralité des pièces que j’utilise et je compte deux à trois mois pour réaliser une œuvre. »
Un scalpeur de betterave est ainsi au cœur de sa vingt-deuxième création en cours, la tête de Marengo, le cheval de Napoléon. « J’aime donner le sourire aux gens avec ces sculptures, qui me permettent aussi de m’évader », confie l’artiste.
(1) Analyse, conduite et stratégie de l’entreprise agricole. (2) Association loi 1901, créée en 1946, qui propose différentes activités : culturelles, artistiques, manuelles...