« Le 17 juillet dernier en plein après-midi, un éleveur qui passait sur la route a aperçu une colonne de fumée entre chez moi et le bourg voisin. Il m’a appelé car il sait que ma tonne à lisier, remplie d’eau, est attelée en permanence. Absorbé par mon travail, je n’avais rien remarqué. Je saute immédiatement sur mon tracteur et fonce en direction de la fumée, sans savoir exactement où se situe l’incendie.
Arrivé sur les lieux, je découvre un champ de blé en cours de moisson, déjà gagné par les flammes. La chaleur dépasse les 30°C, le vent souffle, l’air est sec, les conditions favorisent l’embrasement.
Un agriculteur est déjà là en train de retourner la terre avec son cultivateur. Je le rejoins et arrose les bandes travaillées, mais les flammes s’approchent, jusqu’à lécher les roues de mon tracteur. Le brasier gagne un champ voisin où sont stockées des balles de foin.
Au bout de la parcelle, j’aperçois deux maisons menacées. Je concentre aussitôt mes efforts sur les haies de sapins qui entourent l’une d’entre elles. De leur côté, les pompiers noient les tas de foin et l’autre champ.
Leurs collègues des casernes alentour sont déjà tous mobilisés sur un incendie de grande ampleur en forêt de Brocéliande. Un autre exploitant arrive avec son cultivateur. Au bout d’un quart d’heure, ma tonne de 17 000 litres est totalement vide.
Une tonne de 20 000 litres en renfort
Heureusement, grâce à notre groupe WhatsApp d’entraide agricole, les membres de la Cuma viennent en renfort avec une tonne de 20 000 litres. Je pars aussitôt remplir la mienne dans un étang tout proche.
Le centre équestre du secteur nous rejoint également avec sa citerne. À force de détermination et de collaboration, nous venons à bout du sinistre : 2 ha ont brûlé, mais les habitations sont préservées.
Fatigués, nous ressentons malgré tout, la fierté du devoir accompli. Depuis le début de juillet, tous les exploitants des environs étaient sur le qui-vive, prêts à intervenir avec cultivateurs et tonnes. En juin, un gros incendie avait déjà touché un élevage.
Pour ma part, je fais partie des agriculteurs volontaires qui s’engagent à stocker de l’eau et à prêter main-forte à la demande des pompiers, notamment en forêt de Brocéliande.
« Vous avez sauvé ma maison »
Le lendemain, un couple que je ne connaissais pas est venu me trouver à l’élevage pour me remercier. Il habite l’une des maisons menacées la veille. La femme bouleversée, fond en larmes, en répétant : « Vous avez sauvé ma maison. »
Dans un monde agricole qui est devenu plus individualiste, cette chaîne de solidarité spontanée nous rappelle que l’entraide reste une valeur vivante et profondément ancrée dans nos campagnes. »