Au Gaec Des Taillis, à Sion-les-Mines (Loire-Atlantique), Laurent et Sandrine Aragon gèrent un troupeau de 70 vaches laitières. La traite est assurée par une stalle de robot Lely installée en 2023. Dans la stabulation, le couple emploie aussi un racleur et un repousse fourrage. « Avec tous ces équipements fonctionnant à l’électricité, nous avons alors réfléchi à la pose de panneaux solaires afin de faire de l’autoconsommation, commente Laurent Aragon. Un installateur nous a proposé de construire un hangar neuf avec des panneaux en toiture, mais nous avons déjà assez de bâtiments de stockage sur la ferme. Le tracker nous paraissait donc plus approprié. Et pour valoriser la production excédentaire les jours de beau temps, l’installation a été complétée par la pose d’un bloc de batteries qui stockent l’électricité et la restituent la nuit. »
Couvrir les besoins de la ferme
Le Gaec s’est donc rapproché d’OKWind, une entreprise bretonne bien implantée depuis une quinzaine d’années sur le marché des trackers solaires, notamment dans les exploitations d’élevage. Cette solution est particulièrement intéressante dans le cas d’une ferme équipée en robot de traite. En effet, grâce à son mât pivotant au fil des heures, le tracker suit la course du soleil. Les jours où la luminosité est suffisante, il est donc possible de couvrir les besoins de la ferme du matin jusqu’au soir avec une production électrique autoconsommée. Selon la météo et la surface des panneaux, l’installation produit à certaines heures davantage d’électricité que nécessaire. Jusqu’à un passé récent, cet excédent devait être réinjecté dans le réseau car il n’existait pas de solutions de stockage réellement opérationnelles. OKWind a présenté son premier modèle de batteries au Space 2024. « Stocker l’électricité pour l’autoconsommer ultérieurement est plus rentable que de la réinjecter pour la revendre à notre fournisseur, souligne Sandrine Aragon. Actuellement, EDF rachète nos excédents entre 3 et 4 centimes du kilowattheure. C’est dérisoire comparé au prix d’achat de 21 centimes facturé pour notre consommation. »
Recharge progressive
Le tracker du Gaec a été mis en service en octobre 2024. Il s’agit d’un modèle TREA 40 000 d’OKWind, d’une surface totale de 110 m². Le fabricant a ensuite installé, en avril 2025, un bloc de batteries ayant une capacité de 72 kW. Depuis, le couple d’éleveurs a pu constater l’efficacité de l’ensemble. Pendant les belles journées du printemps jusqu’à l’automne, le tracker est opérationnel tôt le matin. Il produit alors suffisamment d’électricité pour alimenter le robot, le tank et les autres équipements, tout en rechargeant progressivement la batterie. Celle-ci atteint parfois les 100 % de sa capacité dès midi. La production excédentaire bascule alors en injection sur le réseau pour être revendue à EDF. Au crépuscule, la production solaire s’arrête et c’est alors la batterie qui prend le relais. Comme à cette période la nuit est courte, la réserve d’énergie est pratiquement suffisante pour tenir jusqu’au lendemain matin, quand le cycle se répète. « Ça, c’est le scénario idéal en été, et quand le ciel est dégagé, précise Sandrine Aragon. Évidemment, certaines journées sont moins ensoleillées. Dans ce cas, la recharge de la batterie prend plus de temps et nous revendons moins, voire parfois pas du tout, d’excédent. C’est ce qui se passe les jours de grisaille, notamment en hiver, quand la production ne suffit pas à recharger la batterie. Dans ce cas, notre niveau d’autoconsommation baisse. En réalité, c’est très variable selon la météo, et il faut surtout s’intéresser à la moyenne sur l’année. »
En effet, toutes les données de production, consommation, stockage et réinjection sont enregistrées en continu et consultables en direct par les exploitants via leur ordinateur. Après bientôt douze mois de fonctionnement, ils ont constaté que l’autoconsommation journalière pouvait s’échelonner de 60 à plus de 90 % en été, et osciller entre 10 et 60 % sur la période hivernale. Rapportée à l’année, la courbe de résultats révèle une moyenne de l’ordre de 52 à 53 % d’autonomie. Des chiffres correspondant aux prévisions initiales du fabricant.
Pour l’installation des batteries, OKWind a demandé aux exploitants de construire un petit local de 4 m² adossé à la laiterie. Pour des raisons de sécurité, ils ont utilisé des parpaings antifeu et posé une porte métallique renforcée, avec une serrure. Deux aérations ont également été posées car la température des batteries est régulée. Celles-ci sont contenues dans une armoire monobloc avec un suivi à distance par le constructeur. Il s’assure ainsi des performances et peut intervenir en cas de dysfonctionnement. De leur côté, les éleveurs n’ont pas d’entretien à réaliser.
Gestion intelligente
OKWind propose aussi à sa clientèle un dispositif de gestion intelligente de la batterie. Ainsi en hiver, quand la charge est rarement complète, il peut être intéressant de privilégier le compteur principal entre 22 h 00 et 6 h 00 pour bénéficier du tarif des heures creuses. Au matin, le système rebascule automatiquement sur la batterie au moment du changement de tarif. Cette gestion intelligente intègre aussi les prévisions d’ensoleillement, avec la possibilité de charger la batterie la nuit au tarif économique, afin de consommer cette électricité le jour suivant. Les éleveurs équipés optimisent également leur autoconsommation en décalant les périodes de fonctionnement des équipements les plus énergivores (chauffe-eau, fabrication d’aliments…). « Le principe est intéressant car il n’apporte pas de contrainte au quotidien, reconnaît Laurent Aragon. Depuis la mise en service des batteries, nos factures d’électricité ont nettement baissé. Nous tablons sur un amortissement en douze ans et pour le moment, nos résultats sont conformes au prévisionnel. C’est la durée de vie des batteries qui déterminera la rentabilité finale. »