Ses chèvres, il les préfère faisant « bêêê » que « biiip ». C’est ainsi qu’Yves Lachenal, éleveur à Faverges (Haute-Savoie), résume son combat contre l’identification électronique des ovins et caprins, obligatoire en France depuis 2010. Convoqué au tribunal correctionnel d’Annecy le 18 novembre 2025, il avait hâte de comparaître. « Je parle dans le vide depuis vingt ans (1) », s’agace-t-il. Accompagné d’adhérents de la Confédération paysanne, il a été déçu d’entendre prononcer la nullité de la citation et le report de l’audience.
« Mes chèvres ont une identification individuelle pérenne, comme l’exige l’Europe, se défend Yves Lachenal. Je tatoue depuis 1987, avant que l’identification soit obligatoire. Et j’ai une prophylaxie à jour. » Au début des années 2010, il avait posé des boucles à ses chèvres. « Beaucoup en perdaient en les arrachant dans les broussailles et avaient les oreilles déchirées, relate-t-il. Les services vétérinaires ont refusé de venir le constater. Je leur ai envoyé un courrier et des photos, ainsi qu’à l’EDE (établissement départemental de l’élevage), en demandant une dérogation pour repasser au tatouage. » Sans réponse, il se remet à tatouer en 2013.
Du plastique dans la nature
« Je suis contrôlé tous les ans par l’EDE », souligne l’éleveur, qui n’a pas eu de souci jusqu’à un contrôle de l’ASP (Agence de services et de paiement) en 2022. Mis en demeure de procéder à une identification « conforme », il refuse, et contacte les services vétérinaires, qui suspendent la procédure et l’auditionnent.
« Les boucles mutilent les chèvres et coûtent 3 € par oreille alors que le tatouage ne coûte rien. Et que prévoit-on pour recycler le plastique et l’électronique des boucles ? », argumente-t-il. Après une convocation et un report d’audience en 2024, il n’avait plus eu de nouvelle jusqu’en novembre 2025. « Je ne veux pas de classement sans suite ! », insiste celui qui encourt une amende de 1 500 €, et 450 € par chèvre.
(1) Depuis un règlement européen de 2005.