«Vers la fin de leur cursus d’études, certains jeunes changent de comportement et développent des symptômes jusqu’alors inconnus d’eux. L’un, plutôt réservé, va se mettre à sortir beaucoup, voire devenir agressif. L’autre, toujours prêt à faire la fête, va se renfermer. Certains vont subitement avoir peur du vide, devenir claustrophobe, agoraphobe (2), avoir des tocs, ces manies irrépressibles. Il peut y avoir

des poussées de psoriasis, d’eczéma, des maux de dos, de vertèbres cervicales, des manifestations physiques liées au stress.

Il n’y a pas de terme précis pour définir ce soudain mal-être mais les psychothérapeutes savent qu’il est lié à la peur de l’inconnu, de ce qui attend l’étudiant “après”, le plus souvent l’entrée dans la vie active. C’est le sentiment qu’il en est fini d’une certaine légèreté, de l’insouciance. Il renvoie aussi à la capacité de chacun à faire face au changement. Celle-ci est liée au vécu et à l’acceptation d’épisodes perturbants dans le passé.

 

Pour chasser ce mal-être, certains poursuivent un cycle d’études, repoussant l’échéance de deux à trois ans. D’autres vont se questionner sur la finalité de leur choix, se sentant comme pris au piège, contraint dans une voie : “Est-ce vraiment cela que je veux faire ?” Cette quête de sens affecte d’ailleurs également de plus en plus d’actifs. Ce phénomène a été amplifié ces deux dernières années avec la pandémie et ses conséquences, parfois dramatiques, chez les jeunes : isolement, précarité. Voire avec le deuil d’un membre de la famille impossible à faire, du fait des confinements successifs.

Face à ces symptômes, le jeune doit se faire accompagner par un thérapeute afin de démarrer un travail sur soi et s’armer face au changement. Bien souvent, une simple écoute ne suffit pas. Selon les sensations ressenties (comme l’angoisse), les maladies développées, plusieurs pistes peuvent être explorées : exercices de respiration, relaxation. Chez un jeune agressif, les arts martiaux seront un bon exutoire.

Le thérapeute a aussi la possibilité de s’appuyer sur les loisirs pratiqués par l’étudiant : musique, arts plastiques, sport… L’objectif est que celui-ci se sente mieux dans un premier temps, puis reprenne peu à peu de l’autonomie dans sa vie, ses choix. »

Propos recueillis par Dominique Péronne

(1) Muriel Labaune est agréée Dispositif « Santé-Psy-Étudiants » de l’université de Lorraine. (2) Peur de la foule.