«La fin des récoltes marque aussi l’achèvement de la haute saison. Le rythme a été très soutenu pendant plusieurs mois, il a fallu faire face à beaucoup de stress et de travail, parfois quelques déceptions. Et, tout d’un coup, le quotidien devient plus calme et une routine, plus détendue, s’installe. Certains agriculteurs et agricultrices montrent ainsi, à l’arrivée des jours plus courts, des signes de fatigue qui les rendent vulnérables. Ils deviennent irritables, parfois se taisent. La plupart témoignent, après coup, d’une peine à la tâche. Ils sont épuisés. Et la diminution de la durée d’exposition à la lumière naturelle accentue leur état. On parle de dépression saisonnière. Tout le monde peut en souffrir, mais la population agricole est davantage exposée, du fait d’étés très chargés, qui ont, au contraire, profité à la majorité des Français partis en vacances.

Les symptômes apparaissent souvent au moment du relâchement. Quand la charge de travail devient moindre, les difficultés, mises de côté durant la période de pleine activité, ressurgissent en plus du sentiment d’inutilité. Il faut s’y montrer attentif. Comme dans le cas d’une dépression classique, la maladie se traduit par une perte d’intérêt pour les activités quotidiennes, des troubles du sommeil, une baisse ou un gain de poids, un agacement et parfois des idées suicidaires.

Face à ces signes, il est indiqué d’encourager la personne fragilisée à prendre contact avec un professionnel de santé, un médecin traitant ou un travailleur social pour envisager une prise en charge adaptée à la gravité du trouble. Son entourage doit aussi parvenir à la faire parler pour l’accompagner.

Afin de prévenir la maladie, il est recommandé, lors des changements de saison, d’être plus attentif à son alimentation, pratiquer de l’activité physique et s’exposer à la lumière, voire à une lampe de luminothérapie… Dans le monde agricole, on a peu de temps et encore moins l’envie de s’y soumettre, mais nous constatons aussi que les agriculteurs se montrent de plus en plus ouverts à ce type de méthode. C’est la garantie d’une bonne santé mentale et d’une entreprise qui va bien. »

Propos recueillis par Rosanne Aries

(1) Nadia Butakova travaille au sein du cabinet Empreinte humaine, en charge, depuis janvier, de la plateforme Agri’écoute de la MSA, pour agriculteurs et salariés en souffrance (tél. : 09 69 39 29 19).