«La boulimie est le trouble alimentaire dont on parle le moins. Il n’est pas facilement détectable, car la plupart du temps la personne a un poids normal. Cette maladie est méconnue. Elle se traduit par une envie irrépressible de manger une grande quantité d’aliments riches alors qu’on n’a pas faim, puis d’avoir recours au vomissement, aux purgatifs ou au sport pour ne pas prendre de poids.

Cette pathologie touche les jeunes filles à la fin de l’adolescence, après 17 ans. En consultation, j’observe que leur visage prend une forme particulière : joues de hamster, mâchoire carrée, car à force de vomir les muscles se renforcent. Ces patientes ont en général énormément de caries et l’émail de leurs dents est altéré puisque leur flore buccale est très acide. En outre, une analyse de sang révèle un taux de potassium très bas, ce qui a une incidence sur le rythme cardiaque.

Comme d’autres parents, vous vous demandez s’il existe un facteur déclenchant. Il n’y en a pas forcément un, mais plutôt plusieurs “petites choses” contrariantes qui vont finir par altérer­ la confiance de la jeune fille. Confiance qu’elle pense (re) gagner en agissant sur son physique.

Une prise en charge s’impose, car ce trouble ne passera pas tout seul. La souffrante doit faire le deuil du vomissement et de la crise alimentaire, deux moyens qui la soulagent, et trouver un autre moyen d’y arriver. L’accompagnement du patient doit être pluridisciplinaire. C’est possible car nous travaillons en réseau. Un diététicien pourra aider la jeune fille sur le plan alimentaire. En revanche, pour traiter le trouble du comportement, il faudra l’appui d’un psychologue. En tant que clinicienne, je ne cherche pas forcément à comprendre ce qui a déclenché la maladie, je préfère travailler et agir sur aujourd’hui et demain afin de renforcer l’estime de soi. Avec les consultations par téléphone, j’accompagne d’ailleurs un nouveau public. Des personnes qui ne supporteraient pas le regard d’un professionnel sur elles se lancent dans ces séances. » Propos recueillis par Catherine Yverneau

(1) Visioconsultations : https://www.troubles-alimentaires.fr/