Même si le président sortant Donald Trump conteste les résultats des élections présidentielles américaines du 3 novembre 2020, une unanimité des observateurs se dégage pour proclamer vainqueur le candidat démocrate Joe Biden. Le 20 janvier 2021, il deviendra donc le quarante-sixième président des États-Unis. Que pourra-t-il faire pour les agriculteurs ?

Des agriculteurs pro-Trump

À vrai dire, les agriculteurs américains eux-mêmes ne semblent pas avoir placé beaucoup d’espoir en Joe Biden. Le journal financier Bloomberg a analysé les dons des citoyens pour les campagnes électorales des deux candidats. Il s’est basé sur les plateformes publiques de financement des deux principaux partis. Même si les dons ne constituent pas la totalité des fonds, ils donnent un aperçu des tendances. Les trois-quarts des presque dix mille agriculteurs (« farmers ») recensés ont préféré donner à Donald Trump plutôt qu’à Joe Biden. Du côté des éleveurs (« ranchers »), la balance est encore plus nette même si l’échantillon est plus petit : sur 2300 donateurs, 84 % ont alimenté les caisses de la campagne de Donald Trump.

Des acteurs clés à choisir

Le futur président n’aura donc pas un boulevard de popularité rurale devant lui au moment de son entrée en fonction. Il devra donc jouer des coudes pour placer ses alliés aux postes clés du gouvernement fédéral.

 

Au poste de secrétaire fédéral à l’Agriculture, l’équivalent du ministre de l’Agriculture en France, deux femmes semblent se détacher, selon Zachary Ammerman et Arman Grumel, rédacteurs, mi-novembre, d’une note d’analyse pour l’ambassade de France à Washington. D’un côté, Heidi Heitkamp a été sénatrice démocrate de 2013 à 2019 dans le très républicain et très rural État du Dakota du nord. Battue en 2019, elle avait fondé un mouvement, le One country project, pour retisser des liens entre le parti démocrate et le monde rural. D’un autre côté, Marcia Fudge, présidente d’une sous-commission dédiée à l’agriculture et au contrôle du ministère américain de l’Agriculture (USDA) à la Chambre des représentants, s’est déclaré candidate à ce poste. Réélue sans faille depuis 2008 dans l’Ohio, elle avait fait campagne durant les Primaires pour Kamala Harris, la future vice-présidente du mandat de Joe Biden. Elle s’exprime régulièrement pour critiquer la gestion de l’aide alimentaire par l’administration Trump durant l’épidémie de Covid-19.

 

Du côté du Congrès américain, l’équipe de Joe Biden est plus gênée pour s’accorder sur des candidats. Au Sénat, l’incertitude règne encore puisque les élections ne sont pas terminées en Georgie, entraînant ainsi une incertitude sur le contrôle majoritaire de la chambre haute. Le sénateur républicain de l’Arkansas John Boozman semble tenir la corde, selon la note de l’ambassade de France. À la Chambre des représentants, la majorité est plus nette en faveur des démocrates mais la défaite deCollin Peterson, président démocrate (et très conservateur) de la commission agricole de l’assemblée, a totalement rebattu les cartes.

Un programme de transformation agricole

Ces acteurs ont à leur disposition le programme électoral du candidat Biden qui incluait l’agriculture dans un programme sociétal plus large autour de la ruralité et du changement climatique. L’ambition de ce programme est de rendre l’agriculture américaine neutre en carbone en 2050. Son idée est d’accompagner, y compris financièrement grâce à des filets de sécurité et des dispositifs d’assurance, les agriculteurs dans cette transformation grâce aux nouvelles technologies et à l’innovation agronomique. Le futur président veut rétablir des relations commerciales plus sereines avec la Chine et l’Union européenne.

 

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