Au XVIIIe siècle, le vignoble bordelais attirait déjà les étrangers. Pas étonnant donc que l’empire du Milieu succombe aujourd’hui à son charme. « Ces investisseurs s’intéressent aux châteaux de taille moyenne qui coûtent moins cher que les domaines chinois », rapporte Laurence Lemaire, auteur du livre Le Vin, le Rouge, la Chine. On estime qu’ils détiendraient environ 130 propriétés dans la région (sur les 9 000 que compte le vignoble), avec une quinzaine de transactions non revendiquées. Le secret est la règle d’or du business en Chine.

Leur arrivée, en Bordelais mais aussi en Bourgogne, a pu inquiéter l’opinion publique, attristée de voir des fleurons du vignoble français battre pavillon chinois. Un alarmisme qui n’atteint pas les différents acteurs de la filière. « Ils n’emportent pas les châteaux et investissent avec raison et parcimonie », assure David Lawton, directeur général d’Invest Bordeaux, un réseau d’experts spécialisés dans l’accompagnement de ce type de projets. Pour lui, l’arrivée d’acteurs chinois est une chance pour l’économie locale : « Ce sont de formidables investisseurs. Cela fait cinquante ans que nous n’avons plus ces capacités financières en France. Ils rénovent des propriétés en mauvais état et permettent d’étendre le rayonnement des vins de Bordeaux à l’export ».

Sous couvert d’anonymat, une société qui vient d’acquérir 38 ha dans le vignoble de l’Entre-deux-Mers, pour 5 millions d’euros, ne cache pas sa volonté de poursuivre ses investissements en France « si les marchés chinois se développent selon [leurs] estimations ». L’image de Bordeaux, reconnue comme la capitale mondiale du vin, et leur connaissance des canaux de distribution en Chine, sont des « atouts incontestables » pour réus­sir leur pari.

« La Chine est un marché colossal pour les quarante prochaines années, se réjouit David Lawton. La totalité de la production mondiale ne suffirait pas si tous les Chinois se mettaient à boire du vin ». Deuxième vignoble du monde après l’Espagne et cinquième consommateur mondial, la Chine satisfait 80 % de sa consommation intérieure. Sur les 20 % restant, la France occupe 44 % du marché devant l’Australie, le Chili et l’Espagne. Les vins français bénéficient d’une très bonne image malgré des prix qui atteignent souvent le double de ceux pratiqués par leurs concurrents.