« La vaccination n’empêche pas la contamination par le virus mais limite les signes cliniques et diminue l’excrétion du virus par les animaux porteurs, ralentissant sa propagation au sein de l’élevage et entre les élevages », explique Béatrice Grasland, cheffe de l’unité de virologie immunologie parasitologie aviaires et cunicoles dans un rapport publié par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), le 11 mars 2026.
Depuis octobre 2023, le France a rendu la vaccination contre l’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) obligatoire dans les élevages de plus 250 canards. Pour affiner cette stratégie, l’Anses a développé un modèle basé sur les données recueillies durant les six premiers du protocole vaccinal, sur la période allant d'octobre 2023 à mars 2024. Il a pour objectif de « tester les évolutions de la stratégie vaccinales et d’évaluer le niveau de protection permis par la vaccination à l’échelle de la population de canards ». L'agence présente les premiers résultats dans sa publication.
95 % des lots de canards vaccinés
Selon l’Anses, le protocole vaccinal a été respecté avec 51 millions de doses administrées entre le 1er octobre 2023 et le 31 mars 2024, soit plus de 95 % des lots de canards. Deux injections sont généralement réalisées, la première à 10 jours et la seconde 20 jours plus tard.
L’analyse des données, via le modèle de l’Anses, montre que « 40 à 45 % de la population de canards pouvait être considérée comme protégée par un schéma vaccinal complet à un moment donné », indique Morgane Salines, scientifique dans l’unité d'épidémiologie, santé et bien-être (Episabe) à l’Anses.
Le reste de la population de canards ne bénéficie que d’une protection partielle. Selon l’Anses, cela s’explique par le fait que certains animaux sont encore en cours de vaccination et que d’autres voient leur immunité décliner après dix semaines de vie. Cependant, Morgane Salines reste optimiste et affirme que « ces pourcentages d’élevages totalement ou partiellement protégés peuvent assurer un certain niveau de protection de la population de canards dans son ensemble ».
Une troisième dose pour la filière du foie gras
Afin de maintenir une immunité optimale au-delà de ces dix semaines, une troisième dose a été administrée aux canards destinés à la production de foie gras, lorsque l’élevage se situe dans une zone ou une période dite « à risque ». Selon Mathieu Andraud, scientifique dans l’unité Episabe, la modélisation de l’Anses « a permis de confirmer l’utilité de cette troisième dose » chez les animaux qui vivent plus de dix semaines. Les travaux de l’Anses se poursuivent pour optimiser davantage la stratégie vaccinale.
Ne pas relâcher sur la biosécurité
La baisse des cas d’IAHP observée ces deux derniers hivers est « attribuée à la vaccination mais aussi à la moindre circulation du virus chez les oiseaux sauvages », rappelle l’Anses. Cependant, actuellement le virus se propage activement dans la faune sauvage. « En plus de la vaccination des canards, il ne faut donc pas relâcher les mesures de biosécurité », insiste Béatrice Grasland.
La maîtrise de l’IAHP reste un enjeu de santé publique. En effet, dans certaines conditions, le virus peut se réassortir avec celui de la grippe humaine et ainsi, être davantage transmissible à l’Homme. Pour limiter ce risque, la Haute Autorité de santé recommande aux professionnels des filières avicoles de se vacciner chaque année contre la grippe saisonnière.