« En évoluant du caprin vers l’ovin, je me suis rendu compte des difficultés quand il a fallu m’équiper. Avec les brebis, ce n’est pas la même façon de faire ou les mêmes réglages de la salle de traite. Et, dans mon département des Deux-Sèvres, nous manquons de conseil. » Pourtant, Thomas Baudry a bien franchi le pas. Fils d’éleveurs de chèvres, il s’est installé en 2007 avec ses parents sur leur exploitation de Marigny, au sud de Niort, au cœur du berceau de la filière caprine. Le troupeau est alors monté à 420 chèvres, auxquelles s’ajoutaient des volailles fermières.
En 2020 et 2021, ses parents ont pris leur retraite et Thomas s’est retrouvé seul à la tête de l’exploitation. Il réfléchit alors à une meilleure organisation et à de nouveaux ateliers. Il envisage un élevage hors-sol, puis s’intéresse à l’apiculture. Il suit ses premiers cours sur les abeilles en visio pendant le confinement.

« Le goût du challenge »
Il se rend compte très vite qu’il ne peut pas continuer à élever des chèvres en étant seul. « Je suis redescendu de 420 à 300 chèvres. Mais diminuer le cheptel ne réduit pas l’astreinte. Certes, nous faisions moins d’inséminations, moins de ventes de chevrettes, moins de mises bas. Mais la traite, il fallait la faire toute l’année. » Il se penche alors sur les brebis laitières. « Ce qui m’a séduit tout de suite, c’est qu’il y a deux à trois mois de tarissement pendant lesquels il n’y a plus les traites. » Un autre atout qui a fait pencher la balance en faveur des brebis est la valorisation en viande des agneaux, inexistante avec les chevreaux. « Et j’ai le goût du challenge, sourit Thomas Baudry. Changer pour les brebis, ça m’a remotivé. »
Dernier argument pour laisser les chèvres, la vie de famille. La femme de Thomas travaille à l’hôpital de Niort. Ensemble, ils ont quatre enfants. « Je veux du temps pour les voir grandir », souligne-t-il.

Adapter bâtiments et salle de traite
Pour ses débuts en lait de brebis, Thomas Baudry a reçu de la coopérative Cavac un accompagnement technique et une aide de 15 000 euros pour la création de l’élevage. Pour financer son troupeau, elle lui a accordé un prêt à 0 % sur six ans. Elle lui fournit aussi le contrôle laitier, s’occupe de l’enlèvement et du transport des agnelets et, pendant quatre ans, lui accorde des remises sur l’aliment des brebis. La collecte de lait est faite tous les trois jours par Agrial, qui rachète le lait à la Cavac pour le transformer en yaourt.
Les premières agnelles sont arrivées en février 2022, les chèvres sont, elles, parties en août de la même année. Ceci afin d’éviter des mois sans rentrée d’argent en attendant les mises bas des premières. Après avoir occupé une bergerie temporaire, les brebis ont pris leurs aises dans le bâtiment des chèvres. Mais il a fallu l’adapter, les cornadis, par exemple, ne leur convenant pas. La salle de traite a elle aussi été modifiée et modernisée. Et les réglages ont été revus pour s’adapter aux brebis. « J’avais un décrochage automatique pour les chèvres. Avec les brebis, c’est moi qui détermine le temps de traite. »

Puisque le but premier était de réduire la charge de travail, Thomas Baudry a simplifié le système avec un désaisonnement du troupeau et des mises bas d’automne. Les poses d’éponge qu’il pratiquait au début ont été abandonnées pour passer au traitement lumineux. Il dispose de 20 béliers : 16 de race lacaune lait et 4 suffolks qui donnent des agneaux mieux conformés. « Mon souhait, c’est de ne plus avoir recours à l’insémination artificielle. Mais c’est difficile d’acheter des béliers, regrette-t-il. Je reste dépendant de l’organisation aveyronnaise de la filière. »