Il s’agit d’une nomination qui fait couler beaucoup d’encre. Anne Le Strat, ancienne membre du bureau d’Europe Écologie Les Verts et dirigeante d’Eau de Paris, depuis le début de l’année 2026, a été nommée directrice générale déléguée de l’Office français de la biodiversité (OFB), chargée de la « mobilisation de la société ». Mardi 27 janvier 2026, le gouvernement a annoncé une enquête administrative concernant sa désignation. Anne Le Strat est contestée à droite de l’échiquier politique et par certains syndicats agricoles pour son engagement militant passé.

« Une provocation inacceptable »

La Coordination rurale (CR) estime que sa nomination est « vécue par de nombreux agriculteurs comme une provocation inacceptable ». Le syndicat dénonce le fait que des fonctions de direction au sein d’agences publiques majeures puissent être confiées à des personnalités « identifiées pour leur engagement militant, soulevant une question essentielle de neutralité du service public ».

De son côté, Laurent Duplomb (LR), sénateur de la Haute-Loire, critique également la nomination d’Anne Le Strat. « Opposée à toute logique productive et engagée dans les combats les plus hostiles au monde agricole, elle se retrouve soudain propulsée aux commandes d’un organisme censé travailler en toute neutralité avec ceux qu’elle a toujours ciblés », écrit-il dans un message sur les réseaux sociaux.

« À travers ce choix militant, l’OFB ne fragilise pas seulement nos campagnes : il met en péril l’avenir même de l’agriculture française », considère l’élu, à l’origine de la loi qui vise à « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur ».

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Une enquête administrative est ouverte

Lors de la séance des questions à l’Assemblée nationale, mardi 27 janvier 2026, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’est justifiée en expliquant que, « comme toutes les autres nominations, elle a relevé d’une procédure administrative ». Compte tenu de l’émotion suscitée par cette décision, la ministre tient à être « attentive » à ce que ce processus se soit déroulé « dans la plus grande neutralité ».

Ainsi, le Premier ministre a, dès lundi 26 janvier, saisi l’Inspection générale de l’administration, le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux, et l’IGEDD (Inspection générale de l’environnement et du développement durable) pour enquêter sur les modalités du recrutement d’Anne Le Strat, a ajouté Monique Barbut.

La ministre de la Transition écologique répondait à une question de la députée (LR) Christelle Minard, qui critiquait un profil « clivant ». « Au-delà du processus de recrutement, les exigences de compétence et de neutralité s’imposeront à Anne Le Strat comme à tous les agents de la fonction publique », a conclu la ministre.

La FNSEA s’est félicitée de l’ouverture de cette enquête administrative, évoquant une nomination « en totale contradiction avec les engagements de pacification des relations avec le monde agricole ».

Anne Le Strat, « à la disposition de la mission d’inspection »

Dans une déclaration transmise à l’AFP, Anne Le Strat se dit « à la disposition de la mission d’inspection » et dénonce « des informations fausses circulant » à son sujet. « À celles et ceux qui déclarent et craignent une opposition avec le monde agricole, je veux dire ma conviction inverse : j’ai toujours prôné une convergence entre les enjeux d’écologie et d’agriculture. J’ai notamment travaillé par le passé sur des solutions concrètes, comme les paiements pour services environnementaux (PSE), affirme-t-elle. C’est cet esprit de partenariat, d’écoute et aucunement d’opposition, qui m’anime. »

Anne Le Strat indique avoir quitté ses fonctions politiques avant sa prise de poste pour se consacrer exclusivement à sa mission au sein de l’OFB. Désormais, elle demande à être jugée « sur le futur travail accompli ».

Créé au début de 2020 avec la fusion de plusieurs établissements publics, l’OFB dispose de 1 700 inspecteurs sur le terrain qui participent à des missions de police administrative et judiciaire. Leurs missions : respect des arrêtés sécheresse, lutte contre les pollutions, protection des espaces naturels ou encore lutte contre le braconnage.

Au plus fort de la contestation des agriculteurs en 2024, l’OFB est devenu la cible de certains syndicats, conduisant à la dégradation d’établissements, à des insultes et des intimidations envers des agents.