« Je fais partie d’un réseau d’une quarantaine d’agriculteurs dans le département qui évaluent les candidats salariés au service de remplacement grâce à une mise en situation de deux demi-journées dans une ferme. S’ils sont retenus, les salariés ne travailleront pas forcément chez l’agriculteur qui les a évalués », résume Guy Caillault, éleveur de 65 vaches laitières et de canards de chair à Saint-Laurent-de-la-Plaine (Maine-et-Loire).

Thomas Robin est un des salariés qui est passé par cette évaluation-accueil. Fils d’agriculteur et titulaire d’un BTS Acse, il a été embauché en janvier. Interpellé par un tract de présentation du service de remplacement, il a d’abord répondu à un questionnaire sur internet. Passé cette première étape, il a passé un premier entretien à Angers avec une gestionnaire des plannings du réseau Elioreso, l’entité qui regroupe désormais les trois groupements d’employeurs agricoles du département (SR49, GED49 et le GEIQ).

Ecoutez Benoît Aupècle présenter Elioreso

Un contrat d’une journée

La gestionnaire du planning lui propose un contrat d’une journée chez un des quarante agriculteurs évaluateurs. Cette journée est payée par le service de remplacement, mais n’est pas facturée à l’agriculteur qui reçoit. Le but est d’évaluer les compétences du candidat : son écoute des consignes et son degré d’autonomie puisqu’il devra, s’il est retenu, s’adapter aux fermes où il travaillera et y exercer seul assez rapidement.

La journée d’évaluation se divise en trois phases : une première traite où le candidat observe et note les consignes, une deuxième traite où le candidat est seul en responsabilité sous la surveillance de l’agriculteur et une réunion immédiate pour dresser un bilan autour d’une grille d’évaluation.

L’écoute des consignes

À l’arrivée du candidat, l’agriculteur présente l’exploitation, les tableaux de consignes, le tableau électrique ou d’arrivée d’eau. Ensuite, durant la première traite, il explique le travail en le réalisant lui-même. Il précise les codes de couleur, les positions des vannes, etc.

« On a tendance à aller toujours trop vite par habitude. Là, il faut ralentir et expliquer ce qui peut nous paraître évident. On essaie de faire se succéder les tâches de façon logique pour qu’elles soient plus faciles à retenir », témoigne Guy Caillault.

De son côté, le candidat prend des notes. « Même si on hésite, il ne faut pas avoir peur de poser des questions pour éviter de se retrouver désemparé à la deuxième traite », réagit Thomas Robin.

Dès la première traite, l’agriculteur repère chez le candidat le respect de la ponctualité, le savoir-être général et le comportement avec les animaux. « Des candidats se présentent sans cote ni botte. On ne leur en veut pas, mais on leur dit de venir équipés pour la seconde traite. C’est alors qu’on constate s’ils nous ont écoutés », raconte Guy Caillault.

Une traite en autonomie

La deuxième traite est réalisée en autonomie par le candidat. L’agriculteur est là pour l’observer. Il s’efforce de ne pas intervenir, sauf en cas de nécessité absolue de sécurité. « Je n’ai pas attendu l’agriculteur pour commencer la traite », relate Thomas Robin.

« Je suis vigilant sur la qualité et la propreté mais je vérifie aussi si le candidat repère les comportements anormaux des animaux comme les boiteries ou les chaleurs par exemple », précise Guy Caillault.

Pour vérifier l’aptitude du candidat à la conduite du tracteur, il a pour tâche d’effectuer des manœuvres dans le couloir avec un bol attelé.

Un bilan à deux

La troisième phase de cette évaluation-accueil consiste en une réunion de restitution immédiatement après la deuxième traite. L’agriculteur et le candidat remplissent ensemble une grille d’évaluation de deux pages, dont la structure a été établie par le service de remplacement. Sont évalués les savoir-faire (traite, paillage, conduite du tracteur, etc.) d’un côté et les savoir-être (ponctualité, respect de l’animal, écoute, sens relationnel, etc.), de l’autre.

Ne jamais mettre un candidat en échec

Guy Caillault, agriculteur évaluateur

Ensuite, l’agriculteur évaluateur préconise une des quatre possibilités. Soit le candidat est tout bonnement refusé. « Dans ce cas, on essaie systématiquement de l’orienter vers une autre préconisation, c’est-à-dire de se rapprocher d’une conseillère en emploi d’Elioreso pour chercher une formation », raconte Guy Caillault.

Le candidat peut aussi être retenu mais il a besoin d’un encadrement. Dans ce cas, les responsables du planning d’Elioreso lui confieront des missions où l’exploitant sera présent. Par exemple, Thomas Robin a découvert l’élevage de poules en plein air lors d’une de ses premières missions : novice dans cet emploi, il avait besoin de prendre des consignes précises et de recevoir des explications en présence de l’éleveur.

Parfois, le candidat est orienté vers le Geiq (insertion et qualification), où la nature des emplois laisse plus de temps pour maîtriser les habitudes de l’agriculture. « Le but de l’évaluation n’est jamais de mettre les candidats en échec », explique Guy Caillault.

Enfin, environ 30 % des candidats sont aptes à travailler immédiatement en autonomie comme le veut le service de remplacement. Généralement, l’agriculteur évaluateur discute de ses conclusions avec une conseillère en emploi du service de remplacement, plus experte des questions de recrutement.

Bien qu’expérimenté en agriculture, Thomas Robin a commencé par des missions aux côtés des agriculteurs. © E. Young/GFA

Une pochette d’accueil

À l’issue de cette procédure, l’agriculteur remet au candidat une pochette qui contient le livret d’accueil du service de remplacement, une information sur les droits et devoirs du salarié, les feuilles d’heures et la façon de les remplir. « Nous sommes rassurés d’envoyer chez nos confrères agriculteurs des salariés évalués dans les exploitations. Et je crois que ça rassure les jeunes salariés aussi », lance Guy Caillault.

Des évaluateurs formés

Les agriculteurs de ce réseau ne sont pas laissés seuls face à la responsabilité d’évaluer un candidat. « Nous formons les évaluateurs en organisant des séances collectives d’évaluation et en les formant à dire sans animosité le négatif aux candidats », explique Benoît Aupècle, le directeur d’Elioreso. Guy Caillault confirme : « Nous nous retrouvons entre évaluateurs pour harmoniser notre notation et améliorer la pertinence de nos pratiques avec les candidats. »

Sécuriser les recrutements

Aux yeux du service de remplacement, cette méthode vise à sécuriser les recrutements pour trouver des salariés qui, s’ils n’ont pas la totalité des savoir-faire, présentent des savoir-être adaptés à leur emploi, en particulier quant à leur autonomie et leur capacité d’adaptation. Chaque année, environ 70 à 80 candidats passent par ce processus. Le service de remplacement du Maine-et-Loire fournit 87 000 heures de travail par an à 840 agriculteurs. Benoît Aupècle estime la réussite de ce processus de recrutement par la diminution du taux d’insatisfaction qui remonte des agriculteurs. D’un autre côté, il est satisfait de la montée en compétences des agriculteurs évaluateurs qui s’emparent de la question pour essayer d’eux-mêmes de l’améliorer.

Il espère aussi pouvoir densifier le réseau pour éviter aux candidats de parcourir trop de kilomètres. Guy Caillault ajoute : « Il faut aussi qu’on apprenne à écouter les candidats parce que leurs critiques peuvent nous aider à nous améliorer. »

Les trois étapes de l’évaluation, selon Eliroreso. © GFA d’après Elioreso

Eric Young